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James Ellroy, Perfidia. Pearl Harbor vu d’en bas, là où la guerre sert d’alibi au crime.
Los Angeles, décembre 1941, vingt trois jours autour de Pearl Harbor. Ellroy ouvre son second quatuor de Los Angeles : sept cents pages où l’internement des Japonais américains sert de couverture à la corruption. Le polar comme tragédie nationale.
La rédaction4 min de lectureArt
Los Angeles, 6 décembre 1941, neuf heures huit du matin. Une famille japonaise américaine, les Watanabe, est retrouvée morte, la scène maquillée en suicide rituel. Le lendemain, les bombes tombent sur Pearl Harbor. Et la police de Los Angeles comprend qu’elle vient de recevoir un cadeau : une guerre pour couvrir ses crimes.
Perfidia ouvre le second quatuor de Los Angeles de James Ellroy. Sept cents pages, vingt trois jours, quatre regards. C’est le roman où l’Histoire devient l’alibi parfait du crime.
Vingt trois jours, quatre regards
Tout est daté, horodaté, entrecoupé du journal de Kay Lake, comme archivé par un musée de la police. Quatre points de vue tiennent le livre. Hideo Ashida, chimiste et légiste japonais américain du LAPD, brillant, homosexuel refoulé, qui veut se rendre indispensable pour échapper à l’internement qui vient. Dudley Smith, sergent né à Dublin, le grand méchant du premier quatuor, raconté ici de l’intérieur pour la première fois. William Parker, capitaine alcoolique et ambitieux. Et Kay Lake, déjà croisée dans Le Dahlia noir. Ellroy ne suit pas une enquête, il suit une ville entière qui bascule en quelques jours.
L’Histoire comme couverture
Pearl Harbor déclenche l’internement des Américains d’origine japonaise, et Ellroy montre froidement à qui ça profite : spéculateurs immobiliers qui rachètent les maisons vidées, flics qui règlent leurs comptes, politiques qui surfent sur la panique. Dudley Smith fabrique un coupable, un handicapé mental, pour des raisons politiques. Le vrai meurtrier est couvert pour protéger l’institution. Et dans le décor passent des figures réelles, Bette Davis, Bugsy Siegel, un tout jeune John Kennedy. Détail qui scelle les deux cycles d’Ellroy : Beth Short, future victime du Dahlia noir, est ici la fille de Dudley Smith.
La méthode Ellroy
La prose est en rafales. Phrases courtes, sèches, un rythme de bebop. Entre les chapitres, des documents : transcriptions radio, mémos, pages de journal intime. La fiction est vissée au réel, et le réel est plus sale que la fiction. Perfidia est la préquelle qui relie Le Dahlia noir, L.A. Confidential et la trilogie American Tabloid : Ellroy rajeunit ses monstres pour montrer comment on le devient.

« Perfidia plonge dans la trahison morale de l’Amérique au début de la Seconde Guerre mondiale, avec l’internement de ses citoyens d’origine japonaise. »
James Ellroy, sur Perfidia
Pourquoi le lire
Le titre dit perfidie, et c’est aussi un vieux standard de big band. Tout le roman tient là : Pearl Harbor déclenche moins une guerre au dehors qu’une trahison au dedans. La critique américaine ne s’y est pas trompée, du New York Times à NPR, jusqu’à la sélection du Folio Prize. À lire si vous pensez encore que le polar est un genre mineur. Ellroy en fait sept cents pages de tragédie nationale, où chaque cadavre raconte un pays qui se ment à lui même.
THEY SAGAN · LECTURES DES SŒURS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
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