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Antonio Gramsci, Comment naît le fascisme. Le diagnostic écrit en direct, avant Mussolini.

Dix articles de 1920 à 1924, en direct de la montée du Duce : Gramsci nomme le fascisme comme arme de la bourgeoisie déclassée, avant tout le monde. Grasset, Cahiers Rouges, 2025. Les symptômes qu’il repère sont intacts un siècle après.

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« Qu’est ce que le fascisme ? C’est la tentative de résoudre les problèmes de production et d’échange à coups de mitraillette et de pistolet. » Antonio Gramsci écrit cette phrase en 1921. Mussolini n’est pas encore au pouvoir. Gramsci, lui, voit déjà tout.

Comment naît le fascisme rassemble dix articles écrits entre 1920 et 1924, en direct de la montée du Duce. Ce ne sont pas les écrits de prison. C’est du journalisme de combat, signé par un homme que Mussolini fera bientôt déporter.

Un diagnostic en temps réel

Gramsci, socialiste puis cofondateur du Parti communiste italien en 1921, publie dans l’Avanti et dans L’Ordine Nuovo. Sa thèse est nette : le fascisme n’est ni une folie ni un accident, c’est l’arme d’une petite et moyenne bourgeoisie déclassée et paniquée. Il l’écrit sans détour : il existe dans tous les pays une couche de la population, la petite et la moyenne bourgeoisie, qui croit pouvoir résoudre ces problèmes gigantesques au moyen des mitraillettes et des pistolets, et c’est elle qui alimente le fascisme et lui fournit ses troupes.

Les symptômes, intacts un siècle après

Cette réédition, chez Grasset dans les Cahiers Rouges, préfacée par l’historienne Marie Anne Matard Bonucci, liste ce que Gramsci avait repéré et qui résonne aujourd’hui : discrédit du régime parlementaire, aspiration au chef, brutalisation de la politique, sentiment de déclassement des classes moyennes, cynisme d’une partie du grand capital. La préface pointe un paradoxe glaçant : l’extrême droite contemporaine se réclame désormais elle même de Gramsci et de sa bataille culturelle.

Ce que le livre n’est pas

Soyons précis, parce que Gramsci est souvent mal cité. Ce ne sont pas les Cahiers de prison, ni la théorie aboutie de l’hégémonie, qui viendront après 1929. Et la fameuse phrase sur les monstres qui surgissent dans le clair obscur n’est pas dans ce recueil, et n’est même pas, dans cette forme, de Gramsci. Ici on a quelque chose de plus rare : un homme qui nomme le danger pendant qu’il monte, article après article, avant tout le monde.

Antonio Gramsci, Comment naît le fascisme, Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 2025, préface de Marie Anne Matard Bonucci. Première de couverture.

« L’illusion est la mauvaise herbe la plus tenace de la conscience collective ; l’Histoire enseigne, mais personne ne l’écoute. »

Antonio Gramsci, 1921

Pourquoi le lire

Une centaine de pages, dix articles, dix euros. À lire si vous pensez que le fascisme appartient au passé et aux manuels. Gramsci l’a vu naître à coups de mitraillette pendant que l’Italie regardait ailleurs, et il a payé de sa liberté et de sa vie d’avoir eu raison trop tôt. L’Histoire enseigne, mais personne ne l’écoute, écrivait il. Le lire aujourd’hui, c’est la seule façon de commencer à démentir la phrase.

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