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Michel Feher, Producteurs et parasites. Le RN a un imaginaire, et il est plus vieux que toi.
Le Rassemblement national ne vend pas une politique, il vend une morale : d’un côté les producteurs, de l’autre les parasites. Michel Feher, 270 pages à La Découverte, démonte l’imaginaire le plus efficace de la droite française. Et il remonte loin.
La rédaction4 min de lectureArt
Tout le monde cherche le programme économique du Rassemblement national. Michel Feher, philosophe, fondateur de Cette France là et de la maison new yorkaise Zone Books, répond qu’il n’y en a pas besoin. Le RN ne propose pas une économie. Il propose un partage moral du monde.
D’un côté ceux qui produisent. De l’autre ceux qui ponctionnent. Tout le reste est décor.
L’argument
270 pages à La Découverte, fin 2024. Feher montre que le RN découpe la société en deux classes moralement opposées : les producteurs, qui veulent vivre du fruit de leur effort, et les parasites, allergiques à la valeur travail mais doués pour capter la richesse des autres. En haut, le spéculateur mondialisé. En bas, l’assisté jugé illégitime. Le génie de la formule, c’est qu’elle laisse au milieu, intact et flatté, le petit patron, l’artisan, le retraité qui se sent volé des deux côtés à la fois.
Ce que Feher réussit, c’est la généalogie. Cet imaginaire n’est pas né avec un costume cintré et une coupe nette. Il descend en droite ligne du poujadisme, du vieux discours contre les deux cents familles retourné contre les pauvres, de l’obsession française du parasite. Feher fait ce que la science politique de plateau ne fait jamais : il prend l’adversaire au sérieux comme producteur de désir, pas seulement comme producteur de haine.

Là où c’est redoutable
Parce qu’il explique pourquoi fâchés pas fachos est un piège. Tant qu’on traite l’électeur RN comme un égaré qu’on va ramener à la raison par un tableur, on rate l’essentiel : il n’a pas un trou dans le raisonnement, il a un récit complet, cohérent, gratifiant. On ne déloge pas un récit avec un graphique. Feher fait à la France ce que Hans Haacke faisait aux musées dans les années 1970 : il montre qui finance le décor moral et à qui profite le partage.
Là où je tique
Feher est si élégant qu’il frôle parfois la fascination du clinicien pour sa lame. À force de cartographier l’imaginaire adverse, le livre dit peu de ce qu’on lui oppose. Décrire la machine n’est pas la débrancher. Mais ce n’était pas la promesse. La promesse, c’était comprendre. Tenue, à 270 pages près.
Pourquoi le lire
Parce que c’est la photographie la plus nette de la droite qui vient. Dans SUSPECTE, on inventait le réel pour mieux le révéler. Feher prend le chemin inverse et arrive au même endroit : il saisit le mot le plus banal, parasite, et il en sort un pays entier. Lisez le avant la prochaine élection. Surtout avant.
L’argument · d’après l’éditeur
Comment le Rassemblement national divise la société française en deux classes moralement antinomiques : les producteurs, qui n’aspirent qu’à vivre du produit de leur travail, et les parasites, rétifs à la valeur travail mais habiles à s’approprier la richesse créée par d’autres. Michel Feher en retrace la généalogie.
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