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Guillaume Dustan, Œuvres. Le magistrat qui a fait de son corps un instrument de mesure.
Sorti de l’ENA, juge devenu écrivain de l’autofiction gay post sida. Cru, frontal, mort à trente neuf ans. Despentes l’a couronné, la France officielle l’a enterré. P.O.L réédite ses Œuvres. On lit l’écrivain majeur, on dit net son tort sur le bareback.
La rédaction4 min de lectureArt
Magistrat le jour, écrivain de la nuit. Guillaume Dustan, de son vrai nom William Baranès, sorti de l’ENA, juge administratif, a tout plaqué pour écrire le sexe, la fête et la mort à la première personne. Virginie Despentes a écrit sur lui : alors comme ça, c’est toi, le meilleur d’entre nous ? Et de loin.
Les Œuvres, chez P.O.L, rééditées et annotées par Thomas Clerc, ressortent un écrivain qu’on avait enterré sous le scandale. Il était temps.
La trilogie de la chambre
Le premier volume, paru en 2013, réunit la trilogie de 1996 à 1998 : Dans ma chambre, Je sors ce soir, Plus fort que moi. Le sexe brut, puis la boîte de nuit et la techno, puis le SM. Dustan se réclamait d’Hervé Guibert et appelait ça une Odyssée du sexe. Un je radical, frontal, sans pudeur. Le volume s’ouvre sur un exergue glaçant : jamais je ne vieillirai. Il avait raison.
Ce qu’il faut dire net
Impossible de parler de Dustan sans le bareback. Il a défendu publiquement les rapports non protégés, minimisé le sida, attaqué Act Up et son cofondateur Didier Lestrade. Sur le fond sanitaire, il a eu tort, et il faut le dire sans détour : il a promu une pratique qui tuait. Lui même, plus tard, reconnaîtra qu’il était fou à cette époque. On ne célèbre pas le barebacker. On lit l’écrivain. Les deux sont vrais en même temps, et la franchise oblige à tenir les deux bouts.
Le je qui mesure l’époque
Ce qui rend Dustan grand, c’est l’exact inverse de l’autofiction nombriliste à la française. Son je ne parle pas de sa petite souffrance : il se sert de son corps comme d’un instrument de mesure de l’époque, la fin des années 1990, le sida, la fête, la liberté et son prix. Thomas Clerc en fait un moraliste au sens baudelairien. Dustan est mort en 2005, à trente neuf ans, d’une overdose médicamenteuse. La France officielle l’a enterré, Despentes l’a couronné.

« Jamais je ne vieillirai. »
Guillaume Dustan, en exergue des Œuvres
Pourquoi le lire
À lire si vous pensez que l’autofiction française se résume à des écrivains qui parlent de leur maman. Dustan, lui, a fait de sa marginalité une focale universelle. C’est cru, c’est parfois daté, c’est moralement indéfendable sur un point précis, et c’est pourtant de la grande littérature. La vraie question que pose ce livre : pourquoi une société préfère-t-elle un mort silencieux à un vivant qui dit tout ?
ALPHA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
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