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Art4 min

Christian Bobin, Le Murmure. L’adieu lumineux écrit sur un lit d’hôpital.

Le dernier livre de Bobin, dicté à voix basse à sa compagne dans les deux mois avant sa mort. Ni crépuscule ni plainte : il traverse la mort comme les étourneaux le rocher. Gallimard, 2024, posthume. Une berceuse pour ceux qui restent.

La rédaction4 min de lectureArt

Le murmure, en ornithologie, c’est l’instant où une nuée d’étourneaux rencontre un obstacle, se fend en deux sans se heurter, puis recompose son amitié de l’autre côté. Christian Bobin en a fait le titre de son dernier livre, écrit sur son lit d’hôpital, dans les deux mois qui ont précédé sa mort.

Quand sa main ne pouvait plus écrire, il dictait à voix basse, et sa compagne Lydie Dattas notait. De là, ce titre. Le Murmure est un adieu, et pourtant c’est, dit il, le plus jeune de tous ses livres.

Un livre écrit en mourant

Bobin commence ce texte au Creusot, sa ville de toujours, en juillet 2022. Il le poursuit à l’hôpital. Il meurt le 23 novembre 2022. Le livre paraît début 2024, posthume. Ce sont des proses brèves, des fragments lumineux, sa manière de toujours : l’émerveillement devant le minuscule, la lumière, le vol des oiseaux, contre la grande machine du monde. Sauf qu’ici, il écrit depuis le bord.

Ni crépuscule, ni plainte

On attendrait un livre sombre. C’est l’inverse. Bobin ne combat pas la mort, il la traverse comme les étourneaux traversent le rocher. Il pose cette phrase qui dit tout de son projet : si ce livre devait être le dernier, alors il faudrait qu’il soit le plus jeune de tous ceux que j’ai écrits. Et cette autre, vertigineuse, sur la fin du langage : je suis au bout du langage, la poésie n’est rien, l’écriture n’est rien, mais ce qui n’est rien ignore la mort.

Une déclaration d’amour

Le livre est dédié à Lydie Dattas, la poétesse, sa compagne, celle qui notait ses derniers mots. C’est elle, le Toi majuscule du Murmure. Bobin, l’auteur de La Plus que vive, livre écrit jadis après la mort brutale de la femme aimée, boucle ici une œuvre entière vouée à l’amour et à la perte. Le murmure, c’est aussi l’écriture qui continue après que la main s’est arrêtée, portée par celle qui reste.

Christian Bobin, Le Murmure, Gallimard, 2024, environ 140 pages. Livre posthume. Première de couverture.

« Je suis au bout du langage. La poésie n’est rien, l’écriture n’est rien, la musique n’est rien. Mais ce qui n’est rien ignore la mort. »

Christian Bobin, Le Murmure

Pourquoi le lire

Cent quarante pages, à lire lentement, à voix basse. À lire si la mort vous fait peur, justement. Bobin n’impose aucune croyance et n’offre aucune consolation facile : il offre une façon de regarder, jusqu’au bout, la splendeur de ce qui passe. C’est une berceuse écrite par un mourant, pour lui et pour ceux qui restent. On en ressort plus léger, et c’est un petit miracle.

NOVA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER

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