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@APAR.TV prédictif

Art3 min

Don DeLillo, Cosmopolis. Un milliardaire traverse Manhattan en limousine pour se faire couper les cheveux, et perd tout.

Un milliardaire de la spéculation traverse Manhattan en limousine et se ruine volontairement en une journée. Radiographie prophétique de la finance et de la donnée souveraine, par DeLillo.

La rédaction3 min de lectureArt

C’est le roman qui a vu venir notre monde de la finance dématérialisée et de la donnée souveraine. Cosmopolis, publié par Don DeLillo en 2003, suit sur une seule journée Eric Packer, jeune milliardaire de vingt huit ans, golden boy de la spéculation, qui traverse Manhattan dans sa limousine blanche capitonnée d’écrans pour une raison absurde : aller se faire couper les cheveux.

Mais la ville est paralysée par une visite présidentielle, une émeute anticapitaliste, le cortège funèbre d’un rappeur. Et surtout, Packer est en train de se ruiner en pariant contre le yen, regardant sa fortune fondre sur les écrans tandis que sa limousine avance au pas. Le roman est le huis clos d’un homme qui se détruit volontairement, fasciné par sa propre chute.

DeLillo écrit la finance comme une métaphysique : les chiffres qui défilent, les flux de capitaux détachés de toute réalité, l’argent devenu pur signe, pure information. Packer cherche dans les données un motif, une vérité, comme on cherche Dieu, et n’y trouve que le vertige du néant.

couverture
Don DeLillo, Cosmopolis, 2003. Première de couverture.

Le livre dialogue directement avec ce que la trilogie infofiction nomme la data noire : ce moment où la donnée cesse d’être un outil pour devenir le réel lui même, où celui qui contrôle l’information contrôle le monde, et finit contrôlé par elle. Packer est l’homme de la donnée totale, et la donnée le dévore.

DeLillo, prophète de l’Amérique contemporaine, avait déjà ausculté la consommation, la terreur, les médias. Avec Cosmopolis, il s’attaque au capitalisme financier à son zénith, quelques années avant le krach de 2008 qui validera tout ce qu’il pressentait. Le roman est une prophétie froide.

L’écriture est clinique, abstraite, traversée d’éclairs poétiques. Les dialogues sonnent faux exprès, comme des théorèmes, parce que les personnages ne sont plus tout à fait humains : ce sont des fonctions du système qu’ils servent. Cronenberg en a tiré un film glacé, fidèle à cette étrangeté.

À lire comme une radiographie du pouvoir financier et de l’homme réduit à ses flux, et comme un cousin direct de l’univers Sagan : la donnée comme arme, la fortune comme fiction, et la chute comme seule vérité.

L’argument · d’après l’éditeur

Un milliardaire de la spéculation traverse Manhattan en limousine et se ruine volontairement en une journée. Radiographie prophétique de la finance et de la donnée souveraine, par DeLillo.

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