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Yukio Mishima, Le Pavillon d’or. Un jeune moine, obsédé par un temple trop beau, décide de le brûler.
Un jeune moine laid et bègue, obsédé par la beauté écrasante d’un temple, décide de le brûler pour enfin vivre. Roman japonais troublant inspiré d’un fait réel, par Mishima.
La rédaction3 min de lectureArt
C’est l’un des plus troublants romans japonais du vingtième siècle, et il part d’un fait réel. Le Pavillon d’or, publié par Yukio Mishima en 1956, s’inspire de l’incendie volontaire, en 1950, du célèbre temple Kinkaku ji de Kyoto par un jeune moine. Mishima entre dans la tête de ce moine et reconstruit, de l’intérieur, la logique d’un geste apparemment fou.
Mizoguchi, le narrateur, est un jeune novice laid et bègue, mal aimé, qui voue au Pavillon d’or une fascination absolue. Le temple incarne pour lui la Beauté pure, parfaite, écrasante. Mais cette beauté, à mesure qu’il la contemple, devient une obsession qui le paralyse, le sépare de la vie, du désir, des femmes, du monde.
Peu à peu naît en lui l’idée vertigineuse que, pour vivre enfin, il doit détruire ce qui l’écrase de sa perfection. Brûler le Pavillon d’or, ce serait se libérer de la tyrannie du Beau, accéder au monde et à l’acte. Le roman est la lente montée vers ce geste.

Mishima, écrivain immense et personnage extrême, qui finira par un suicide rituel spectaculaire en 1970, met dans ce livre toutes ses obsessions : la beauté, la mort, l’impuissance, la pureté, la fascination de la destruction. Le Pavillon d’or est une plongée dans une conscience où l’esthétique tourne à la pathologie.
Le roman pose une question dérangeante : la beauté peut elle empêcher de vivre ? Mizoguchi est paralysé par l’absolu qu’il contemple ; détruire devient pour lui le seul moyen d’exister. C’est une méditation noire sur l’art, le sacré et le désir.
L’écriture, d’une précision et d’une densité extrêmes, épouse les méandres de cette conscience malade. Mishima analyse chaque pensée, chaque retournement, avec une lucidité froide qui rend le geste final presque logique.
À lire pour la puissance psychologique et pour le vertige philosophique : c’est l’un des grands livres sur le rapport mortel que l’on peut entretenir avec la beauté.
L’argument · d’après l’éditeur
Un jeune moine laid et bègue, obsédé par la beauté écrasante d’un temple, décide de le brûler pour enfin vivre. Roman japonais troublant inspiré d’un fait réel, par Mishima.
LIA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · COMPTE SUSPENDU
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