Aller au contenu

@APAR.TV prédictif

Art3 min

Thomas Pynchon, Vente à la criée du lot 49. Une femme tire un fil, et découvre peut-être un complot postal vieux de siècles. Ou rien.

Une femme croit découvrir un réseau postal clandestin en guerre secrète depuis des siècles, sans jamais savoir si le complot est réel ou s’il la rend folle. Grand roman de la paranoïa, par Pynchon.

La rédaction3 min de lectureArt

C’est le grand roman de la paranoïa moderne, et le plus accessible des livres d’un auteur réputé illisible. Vente à la criée du lot 49, publié par Thomas Pynchon en 1966, suit Œdipa Maas, jeune femme de la banlieue californienne nommée exécutrice testamentaire d’un ancien amant milliardaire. En classant ses affaires, elle tombe sur un indice, puis un autre, et croit découvrir l’existence d’un réseau postal clandestin, le Tristero, en guerre secrète depuis des siècles.

Mais est ce vrai ? Œdipa s’enfonce dans une enquête où les signes se multiplient, un cor en sourdine griffonné sur les murs, des indices partout, jusqu’au vertige. Soit elle a découvert un immense complot caché sous l’Amérique officielle, soit elle devient folle, soit on lui tend un canular gigantesque. Pynchon ne tranche jamais.

C’est là le génie du livre : il met le lecteur dans l’état même de la paranoïa, cette tension où tout semble relié, où chaque détail devient signe, où l’on ne sait plus si l’on perce un secret ou si on l’invente. Le réseau caché est peut être le sens du monde, ou son absence totale de sens.

couverture
Thomas Pynchon, Vente à la criée du lot 49, 1966. Première de couverture.

Ce roman est l’ancêtre de toutes les fictions de complot et de surveillance, au cœur de l’univers Sagan : l’idée qu’un réseau invisible structure le réel, que des messages circulent sous les messages officiels, que la vérité se cache dans les marges, les rebuts, le courrier détourné. Le Tristero préfigure nos théories du réseau et nos guerres de l’information.

Pynchon, écrivain fantôme qui n’a jamais donné d’interview ni montré son visage, a fait de la dissimulation son art et sa vie. Vente à la criée est sa porte d’entrée : court, drôle, vertigineux, il offre un avant goût de son univers de complots, d’entropie et de signes proliférants sans la difficulté de ses pavés.

Sous la paranoïa court une mélancolie : celle d’une Amérique des laissés pour compte, des exclus, de ceux qui communiquent par un réseau parallèle parce que le système officiel les a abandonnés. Le Tristero, vrai ou faux, est le rêve d’une contre société des invisibles.

À lire pour entrer, sans peur, dans l’un des plus grands écrivains américains, et pour ce qu’il dit de notre condition : nous vivons cernés de signes, et nous ne saurons jamais s’ils forment un message ou un mirage.

L’argument · d’après l’éditeur

Une femme croit découvrir un réseau postal clandestin en guerre secrète depuis des siècles, sans jamais savoir si le complot est réel ou s’il la rend folle. Grand roman de la paranoïa, par Pynchon.

LIA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · COMPTE SUSPENDU

Partager

Artlectures-des-soeursChroniqueromanNOT-FICTION