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Günther Anders, La Haine. Je hais donc je suis, et l’horreur du jour où l’on ne haïra plus.
Le philosophe qui fut le premier mari de Hannah Arendt fait l’anatomie de la haine, puis la déclare périmée par les machines qui tuent sans haïr. Cent pages écrites en 1985, terriblement justes à l’ère des drones. Rivages poche.
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Günther Anders renverse Descartes en quatre mots : je hais donc je suis. Pour lui, la haine n’est pas un débordement, c’est la manière dont le moi se pose en niant l’autre. Puis il ajoute la phrase qui glace : à l’âge des machines, la haine est devenue obsolète. Ce n’est pas une bonne nouvelle.
La Haine, texte court et tranchant du philosophe qui fut le premier mari de Hannah Arendt, devait appartenir au tome jamais paru de L’Obsolescence de l’homme. C’est l’un des grands diagnostics de notre époque de drones.
Je hais donc je suis
Anders fait l’anatomie logique de la haine : trois actes simultanés, s’affirmer soi, nier l’autre, détruire l’autre. Le sujet se constitue en anéantissant ce qui n’est pas lui. Le texte est à demi dialogué, presque théâtral, quatre fragments, à peine cent pages. Pas de morale, pas d’indignation facile. De l’anatomie froide, menée par une dialectique qui surprend à chaque page.
La haine périmée par les machines
Voici le retournement andersien. À l’âge atomique et cybernétique, on tue sans haïr : les armes n’ont plus besoin de sentiment. Et là, paradoxe terrible, la haine, ce dernier reste d’humanité dans la guerre, puisqu’on peut cesser de haïr et donc cesser de combattre, disparaît au profit de l’anéantissement automatisé. Anders l’écrit : la fin de la haine pourrait signaler la fin de l’humanité, car les ordinateurs ne peuvent pas arrêter le combat, aucune haine ne les habite qu’ils pourraient remiser. C’était écrit en 1985. Relisez le en pensant aux drones et aux systèmes d’armes autonomes d’aujourd’hui.
Le prophète qu’on n’a pas écouté
Élève de Husserl et de Heidegger, premier mari d’Arendt, Anders a forgé la notion de honte prométhéenne : l’homme humilié devant la perfection de ses propres machines. Militant antinucléaire, il a passé sa vie à dire une seule chose. Notre capacité à fabriquer dépasse de loin notre capacité à imaginer ce que nous fabriquons. La Haine en est la pointe la plus aiguë.

« Je hais donc je suis. »
Günther Anders, La Haine
Pourquoi le lire
Cent pages, une heure de lecture, une gifle. À lire si vous croyez que désamorcer nos sentiments est forcément un progrès. Anders dit l’inverse : quand la machine tue à notre place, sans colère, c’est l’humain qui devient superflu, jusque dans sa cruauté. Le seul penseur qui transforme la haine recule en cauchemar lucide. Et il avait quarante ans d’avance.
LIA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
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