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Ludwig Wittgenstein, De la certitude. Le livre écrit en mourant, contre le doute de tout.
Six cent soixante seize fragments écrits jusqu’à deux jours avant sa mort, en 1951. Wittgenstein répond au scepticisme : certaines certitudes ne sont pas des savoirs mais les gonds sur lesquels le doute lui même tourne. Gallimard, coll. TEL. Vertigineux et humble.
La rédaction4 min de lectureArt
Wittgenstein écrit ce livre en mourant. Les dernières remarques sont datées du 27 avril 1951. Il meurt le 29. Deux jours. Au seuil, il ne cherche pas à tout prouver. Il cherche ce qu’on ne peut pas mettre en doute.
De la certitude, ce sont six cent soixante seize fragments posthumes, le chef d’œuvre du troisième Wittgenstein. La réponse la plus humble jamais donnée au scepticisme : il faut bien que quelque chose tienne pour que le reste puisse bouger.
Réponse à un homme qui montrait sa main
Le philosophe G.E. Moore avait cru réfuter le scepticisme en levant la main : voici une main, donc le monde extérieur existe. Wittgenstein répond qu’il se trompe de geste. Je sais que j’ai deux mains n’est pas un savoir : c’est plus profond qu’un savoir. Ce n’est pas une chose qu’on prouve, c’est le sol sur lequel toute preuve marche.
Les propositions gonds
L’image a fait fortune dans toute la philosophie qui a suivi. Certaines propositions, écrit Wittgenstein, sont soustraites au doute, comme les gonds sur lesquels tourne une porte. Si je veux que la porte tourne, les gonds doivent rester fixes. Le doute n’est donc pas le fond de tout : il est suspendu à des certitudes qui, elles, ne se justifient pas, elles tiennent. Et au bout de la justification, il n’y a pas une évidence éclatante, il y a notre agir, tout simplement.
Un mourant contre le scepticisme
Après le Tractatus de 1921, seul livre publié de son vivant, et les Recherches philosophiques parues après sa mort, c’est le troisième et dernier Wittgenstein. Des notes écrites sur des feuilles volantes, regroupées et numérotées par ses exécutrices Anscombe et von Wright. Gallimard y voit la plus importante contribution à l’épistémologie depuis Kant. La formule est d’éditeur, mais l’influence est réelle : toute l’épistémologie contemporaine des certitudes en descend.

« Si tu essayais de douter de tout, tu n’irais pas jusqu’à douter de quoi que ce soit. Le jeu du doute lui même présuppose la certitude. »
Wittgenstein, De la certitude, §115
Pourquoi le lire
Ce n’est pas un livre facile, c’est un livre court et vertigineux, des fragments numérotés à lire lentement. À lire si vous vivez, comme nous, à une époque qui doute de tout, des faits, des images, du réel lui même. Wittgenstein, en mourant, rappelle une chose simple et oubliée : le doute total est impossible, car douter suppose déjà un sol ferme sous les pieds. Savoir ce qui tient, c’est le commencement de tout le reste.
ZOÉ DE SAGAN · LECTURES DES SŒURS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
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