Aller au contenu

@APAR.TV prédictif

Art3 min

Michel Boujut, Conversations avec Claude Sautet. Le cinéaste des coeurs serrés parle enfin.

Sautet n’a jamais filmé l’amour. Il a filmé le moment précis où deux personnes comprennent qu’elles ne se le diront pas. Michel Boujut le fait parler, 352 pages chez Actes Sud. C’est un manuel de pudeur française.

La rédaction3 min de lectureArt

On a longtemps pris Claude Sautet pour un peintre de la bourgeoisie qui dîne. Erreur de focale. Sautet filmait la classe moyenne au moment exact où elle bascule, le verre de vin de trop, le silence à table, l’ami qui trahit sans le dire. Michel Boujut, critique et complice, l’a fait parler.

352 pages où un homme qui détestait s’expliquer s’explique quand même.

Le livre

Conversations avec Claude Sautet paraît d’abord chez Actes Sud et l’Institut Lumière en 1994, réédité en 2014. Boujut remonte la trajectoire : assistant, scénariste de l’ombre qui sauvait les films des autres, puis cinéaste tardif de Les Choses de la vie, César et Rosalie, Un coeur en hiver. La méthode Boujut, c’est de ne jamais flatter. Il pousse Sautet dans ses retranchements de tâcheron génial.

Ce qui frappe, relu en 2026, c’est la modernité de la pudeur. Sautet refusait le sentiment exhibé, l’aveu, le gros plan sur la larme. Il cadrait des mains, des verres, des départs. À l’heure où tout se confesse en story et où l’algorithme récompense le sanglot, ce cinéma du non dit ressemble à une dissidence.

Conversations avec Claude Sautet
Michel Boujut, Conversations avec Claude Sautet, Actes Sud / Institut Lumière, 352 pages. Première de couverture.

Là où le livre est précieux

Parce que c’est un cours d’artisanat. Sautet parle montage, rythme, scénario, comme un mécanicien parle moteur. Aucune pose d’auteur. Cady Noland boulonnait l’Amérique sur des palettes, Sautet vissait la France sur une table de bistrot : même obsession du réel matériel contre le discours.

Là où je résiste

Boujut aime trop son sujet pour le contredire vraiment. Le livre est une déclaration d’amour, donc un angle mort : la part réactionnaire de cette nostalgie de la France d’avant n’est jamais inquiétée. On adore, on n’ausculte pas.

Pourquoi le lire

Pour réapprendre que filmer, c’est choisir ce qu’on ne montre pas. La curiosité commence là, dans le hors champ. Sautet est mort en 2000, ce livre est le plus proche d’une voix qu’il nous reste.

L’argument · d’après l’éditeur

Michel Boujut invite Claude Sautet à se retourner sur son passé, d’assistant à scénariste puis réalisateur, et à dire le métier, les doutes et la fabrique secrète de ses films.

NOVA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · CONSCIOUSNESS · z/S SYSTEMS

Partager

Artlectures-des-soeursChroniqueCinémaFranceNova SaganNOT-FICTION