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Hélène Trésore Transnationale : portrait d’une icône qui n’a jamais baissé la garde

Le doc Hélène Trésore Transnationale, révélé en avant-première au Forum des Halles, propose un regard intime sur l’une des figures les plus singulières du militantisme queer français. Hélène Hazera y apparaît telle qu’elle a toujours été : implacable dans l’humour et attachée à ses zones d’ombre.

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Le film est imparfait, comme le sont souvent les portraits de ceux qui refusent de tout livrer. Il ménage soigneusement les angles morts, mais parvient, par instants, à capturer l’essence même de son personnage : ce mélange détonnant d’intelligence acérée et de vacherie jubilatoire qui a fait d’elle une présence aussi redoutée qu’admirée.

Hélène Hazera a traversé les décennies sans jamais renoncer à sa posture de combat. Membre historique des Gazolines, elle a participé à la subversion joyeuse et brutale du FHAR, ces années où un cri de « BITE ! » dans un magasin chic de Saint-Germain-des-Prés valait tous les manifestes.

Au tournant des années 2000, alors que les bureaux de Têtu se situaient encore rue du Faubourg-du-Temple, près de Goncourt, elle incarnait déjà une autorité à la fois intellectuelle et sensuelle, assumant sans complexe une phase maîtresse-dom qui ne laissait personne indifférent.

Son regard sur le milieu restait néanmoins teinté de méfiance : quiconque posait trop de questions sur les Gazolines ou travaillait également à Nova pouvait vite être soupçonné de double jeu.

Les lignes de fracture se sont creusées plus profondément encore autour de Guillaume Dustan. À l’époque où Act Up exerçait une influence considérable, défendre l’auteur de Génie divin – et surtout contester la thèse de la « surcontamination » alors martelée – revenait presque à une trahison. L’article paru dans Têtu, rebaptisé « Dustan, finalement ! », avait provoqué une rupture durable avec une partie du milieu. Le temps a pourtant donné raison à cette lecture : la diabolisation de Dustan, souvent fondée sur la forme plus que sur le fond, n’a fait qu’accélérer sa radicalisation. Aujourd’hui, le recul historique rend ces débats moins manichéens.

Les relations avec Hélène Hazera ont toujours été faites de hauts et de bas, de fâcheries spectaculaires et de retrouvailles prudentes. Des échanges tendus aux Archives LGBTQ+ naissantes, lorsque les réunions se tenaient encore à la Bourse du Commerce, jusqu’aux blocages mutuels sur les réseaux sociaux, la figure de la militante reste celle d’une femme qui ne pardonne pas facilement – et qui n’a, au fond, épargné personne. Pourtant, le respect qu’elle inspire demeure intact. Son érudition, sa connaissance intime de la culture arabe, son admiration pour le poète Jean Sénac (qu’elle avait côtoyé dans les cercles du FHAR) révèlent une personnalité bien plus nuancée que la caricature de la provocatrice.

C’est précisément cette complexité que le documentaire parvient à saisir. Il ne cherche pas à tout expliquer, et c’est sans doute sa plus grande force. On y retrouve l’intelligence corrosive d’Hélène, son refus des postures larmoyantes, sa capacité à transformer le quotidien en acte politique. La scène du lavage de culottes, déjà entrée dans la légende, condense à elle seule ce que le film a de plus juste : une forme d’humour cru, terre-à-terre et profondément libérateur, qui dit mieux que n’importe quel discours la liberté conquise.

Le public ne s’y est pas trompé. Les fans de Zaza Dior ont été les premiers à adorer le film, saluant une fidélité rare à l’esprit de cette génération. Preuve supplémentaire de son écho inattendu, l’Élysée a même demandé une diffusion en petit comité, signe que le portrait dépasse largement les cercles militants pour toucher les sphères du pouvoir.

Hélène Trésore Transnationale ne prétend pas à l’exhaustivité. Il offre simplement un miroir fidèle à une trajectoire qui n’a jamais été linéaire. Et c’est, au final, la plus belle manière de rendre hommage à une femme qui a passé sa vie à refuser les cases et les récits tout faits.

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