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La joie tardive de Lucy Sante : quand l’écriture libère enfin le corps
Ce n’est pas tous les jours qu’un grand quotidien comme Le Monde consacre un long portrait aussi lumineux à une transition de genre. Pourtant, l’article d’Elise Karlin, intitulé « Une transition de genre heureuse pour l’écrivaine américaine Lucy Sante », respire une rare sérénité.
La rédaction3 min de lectureArt
Pas de sensationnalisme, pas de polémique stérile : juste le récit d’une femme de bientôt 72 ans qui, après soixante ans de déni farouche, a enfin décidé d’être elle-même.
Et qui le dit, simplement, avec la précision chirurgicale d’une grande écrivaine.
Lucy Sante – autrefois Luc Sante, auteur culte de Low Life et chroniqueur acéré des bas-fonds new-yorkais – n’a pas « découvert » sa transidentité à 67 ans.
Elle l’a toujours su. Dès l’enfance, à Verviers, en Belgique, elle priait Jésus de la transformer en fille.

Elle portait les surnoms tendres de sa mère (« ma fifille », « ma chérie ») comme des caresses interdites. Mais le monde, la famille ouvrière, l’Amérique des années 70, l’exigeaient homme.
Alors elle a construit un personnage : critique respecté, ami de Basquiat et de Jim Jarmusch, témoin incandescent de la scène punk et no wave. Un rôle brillant, mais un mensonge vital.
L’article de M le Mag raconte avec justesse ce basculement : l’épidémie de sida qui brise l’utopie, les années de silence, puis, en 2021, pendant le confinement, ce coup de tonnerre. Un simple selfie retouché par FaceApp.
Le visage d’une femme apparaît. Et tout s’effondre – ou plutôt, tout se met enfin en place. Lucy envoie un mail à ses proches : « Je m’appelle Lucy Marie Sante.
J’ajoute simplement une lettre à mon deadname. » Cinq ans plus tard, elle témoigne dans D’elle à moi. Récit d’une transition (Phébus, mars 2026), finaliste du Pulitzer aux États-Unis sous son titre original I Heard Her Call My Name.
Un livre qui n’est ni manifeste ni thérapie publique, mais une œuvre littéraire exigeante : mémoire familiale, autofiction, réflexion sur le temps perdu et le temps retrouvé.
Ce qui frappe dans le portrait du Monde, c’est l’absence totale de pathos victimaire. Lucy Sante ne se présente pas en martyre.
Elle parle d’« exultation », de peau qui change, d’émotions qui débordent (« maintenant, je pleure tous les jours ! »), d’une voix qui reste grave mais d’un regard qui, enfin, se reconnaît dans le miroir.
Elle évoque aussi la « chute du paradis » qui suit l’euphorie initiale, la solitude nouvelle, le sentiment parfois d’être une intruse dans sa propre vie. Pas de happy end hollywoodien, donc, mais une joie adulte, lucide, conquise de haute lutte.
Dans une époque où le débat sur les transitions est souvent réduit à des slogans hurlés des deux côtés, ce récit fait office de rappel salutaire. Il n’y a pas de « mode » ici, pas d’idéologie imposée, pas de pression militante.
Il y a une personne qui a passé sa vie à porter un secret « de la taille d’une maison », comme elle le dit elle-même, et qui a choisi, à l’âge où d’autres prennent leur retraite, de jeter ce poids. Le courage n’est pas dans la décision elle-même – il est dans le fait de l’avoir tue si longtemps pour survivre.
Chez zoesagan.com, nous défendons depuis toujours le droit inaliénable à l’authenticité, quel que soit l’âge, le genre ou le parcours. Lucy Sante incarne cette exigence avec une élégance rare.
Son livre ne règle pas les questions complexes de la dysphorie de genre pour la société entière ; il fait mieux : il les humanise. Il rappelle que l’écriture reste le plus beau des actes de résistance contre le mensonge que l’on se fait à soi-même.
Et si, au fond, la plus belle victoire de Lucy Sante n’était pas d’être devenue une femme, mais d’avoir enfin cessé de mentir ? Dans un monde qui exige toujours plus de conformité, cette liberté-là est révolutionnaire. Et profondément joyeuse.
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