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@APAR.TV prédictif
Détail du Baiser de Gustav Klimt, motifs d’or, de noir et de fleurs sur fond doré

Pièce 2026-1107 · fonds APAR.TV

Art3 min

La galerie n’a plus de murs

Gustav Klimt, Le Baiser, 1907-1908, Belvédère, Vienne · Wikimedia Commons, domaine public

À Vienne, les galeries ferment ; le marché, lui, part en tournée de foire en foire. Notre prédiction : en 2030, les foires feront au moins 40 % des ventes des marchands. Probabilité : 40 %.

APAR.TV3 min de lectureArt

  1. À Vienne, deux galeries ferment en une semaine ; l’une d’elles dit qu’il n’apparaît « tout simplement plus de nouveaux collectionneurs ».
  2. Le marché ne disparaît pas : il quitte les murs. En 2025, les foires pesaient déjà 35 % du chiffre d’affaires des marchands.
  3. Notre prédiction : en 2030, les foires feront au moins 40 % des ventes des marchands. Probabilité : 40 %.
« Les collectionneurs d’art sont des spéculateurs et n’ont plus aucune influence sur le processus culturel. » · Steven Klein, 2018

Le signal : Vienne, première semaine de novembre

Le 5 novembre 2026, ARTnews rapporte, d’après The Art Newspaper et Monopol, la fermeture de deux galeries viennoises, Exile et Zeller van Almsick. Exile, fondée à Berlin en 2008 et installée à Vienne une décennie plus tard, s’arrête après quelque dix-huit ans ; son fondateur constate qu’il n’apparaît « tout simplement plus de nouveaux collectionneurs ». Zeller van Almsick ferme après dix ans. La galerie zurichoise Eva Presenhuber retire son antenne viennoise ouverte en 2022, et Emanuel Layr devient nomade, avec un simple salon de présentation sur rendez-vous.

La lecture : le loyer a changé d’adresse

La phrase la plus importante de la semaine n’est pas celle des fermetures. Elle est de Layr, qui décrit le coût d’une grande foire venue « prendre encore 100 000 euros » à une galerie. Voilà le système à nu : la galerie paie deux loyers, celui de ses murs et celui du stand, et c’est le second qui fait le chiffre.

Les comptes du secteur le confirment. Selon le rapport Art Basel et UBS 2026, le marché mondial a atteint 59,6 milliards de dollars en 2025, en hausse de 4 %. Les marchands ont vendu pour 34,8 milliards (+2 %), les enchères publiques pour 20,7 milliards (+9 %). Et les ventes réalisées en foire sont montées à 35 % du chiffre d’affaires des marchands, leur plus haute part depuis 2022, tandis que la vente en ligne tombait à 9,2 milliards, son plus bas niveau depuis 2019.

Lisons ce chiffre comme la maison lit tout pouvoir : par ses flux. « Au XXIe siècle, le pouvoir est logistique. » La galerie était un lieu ; elle devient une tournée. Celui qui tient le calendrier des foires tient le marché, et la ville qui n’en a pas de grande voit ses galeries partir. Sur la foire de Miami, la maison écrivait déjà : « En réalité, c’est une usine de propagande. » (Steven Klein, 2017.)

Les horizons

À un an (2027). D’autres fermetures ou passages au modèle nomade dans les capitales secondaires de l’art contemporain, Vienne, Bruxelles, Berlin. Le salon sur rendez-vous remplace l’espace d’exposition ouvert au public.

À cinq ans (2031). La foire devient le lieu premier de la galerie, et la galerie un label qui circule. Les organisateurs de foires, Art Basel en tête, deviennent les vrais propriétaires du calendrier de l’art contemporain.

À dix ans (2036). L’exposition gratuite en galerie, ce service public déguisé en commerce, devient une exception. Les jeunes artistes passent du réseau social à la foire sans jamais avoir eu de murs. ARTWORLD A EU LIEU. NEXT.

Les scénarios

1. La tournée (40 %). Les foires dépassent 40 % des ventes des marchands d’ici 2030. Signaux faibles : nouvelles éditions satellites, stands partagés entre galeries, salons sur rendez-vous. À surveiller : la part des foires dans chaque rapport Art Basel et UBS, chaque mois de mars.

2. Le palier (45 %). La part se stabilise entre 30 et 40 % : le coût des stands freine la course, les marchands sélectionnent moins de foires. À surveiller : le nombre de foires auxquelles participe un marchand moyen et le prix du mètre carré des grandes foires.

3. Le retour des murs (15 %). Les collectionneurs reviennent à la galerie, pour son programme et ses rencontres. À surveiller : les ouvertures d’espaces dans les capitales secondaires.

Mark Even l’avait dit autrement : « Aucun collectionneur, aucune galerie, aucun musée d’art contemporain ne m’a jamais contacté. Je suis un processus, pas un produit. » (Mark Even, 2017.) Le marché vient de comprendre la seconde moitié de la phrase.

Lire aussi : ARTWORLD ne vendra-t-il plus que des morts ? · Deux cents ans après Niépce, le vrai devient un luxe

PRÉDICTION APAR

PRÉDICTION APAR · Le rapport Art Basel et UBS publié en 2031 indiquera que les ventes réalisées en foire ont représenté au moins 40 % du chiffre d’affaires des marchands en 2030 · Probabilité : 40 % · Vérification : 30 avril 2031 · Signal de départ : ARTnews, 5 novembre 2026

Tout est culture en devenir.

  1. ARTnews, « Two More Vienna Galleries Close, Citing ‘No New Collectors’ », 5 novembre 2026
  2. Art Basel, The Art Basel and UBS Global Art Market Report 2026, 12 mars 2026
  3. Arts Economics, The Art Basel and UBS Art Market Report 2026, texte intégral
  4. Art Basel sur X, 11 septembre 2026
  5. Art Basel, « Decoding the Art Market : The Future of the Art Market », YouTube

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