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Julius Evola, Métaphysique du sexe. Quand la misogynie se déguise en sagesse ancienne.

Le penseur d’extrême droite emballe sa misogynie dans Platon, le tantrisme et l’alchimie. La femme doit reconnaître son inégalité, le harem est un modèle. On démonte le vernis d’érudition : comment un préjugé se fait passer pour une voie spirituelle.

La rédaction4 min de lectureArt

Le même Julius Evola, penseur d’extrême droite, misogyne assumé, écrit en 1958 un traité sur l’amour. Sa thèse en une phrase : la femme doit reconnaître son inégalité avec l’homme. Le harem est un modèle, le sati, l’immolation de la veuve, un idéal. Et tout cela est emballé dans Platon, le tantrisme et l’alchimie.

Métaphysique du sexe est le livre où la misogynie se fait savante. C’est exactement ce qui le rend intéressant à démonter : le vernis d’érudition sur une idéologie de soumission.

La thèse : le sexe comme absolu

Pour Evola, le sexe n’est ni biologique ni psychologique, il est métaphysique. Le masculin et le féminin seraient des principes cosmiques éternels, antérieurs et supérieurs à l’humain. L’eros devient une voie initiatique vers l’unité perdue, à travers la dyade vers l’unité, dit il, en convoquant l’androgyne du Banquet, le tantrisme, le Tao, l’alchimie. La prose est dense, érudite, parfois belle. C’est tout le problème.

Le tour de passe passe

Transformer le masculin et le féminin en principes cosmiques absolus, c’est naturaliser la hiérarchie. Ce qui est posé comme ontologique devient indiscutable : l’inégalité cesse d’être une construction sociale pour devenir un ordre du monde. La sophistication n’est pas un ornement, c’est l’arme. Une belle phrase sur l’amour, un peu de sanskrit, et la soumission de la femme passe pour une sagesse ancienne. C’est de la misogynie blanchie à l’or des mystères.

Pourquoi c’est recyclé aujourd’hui

Si l’alt-right relit Evola, de Steve Bannon aux forums masculinistes, c’est précisément parce que l’enrobage métaphysique rend le rejet de l’égalité citable, élégant, partageable. Là où Evola dit à travers la dyade vers l’unité, il faut lire : une unité par fusion et soumission, jamais une rencontre entre deux libertés. Son unité, c’est l’abolition de l’autre. Démonter le livre, c’est refuser de séparer la beauté de la phrase du programme qu’elle sert.

Julius Evola, Métaphysique du sexe, 1958, éditions françaises L’Âge d’Homme puis Guy Trédaniel, traduction de Philippe Baillet. Première de couverture.

« Ce n’est pas l’homme qui descend du singe par évolution, mais le singe qui descend de l’homme par involution. »

Julius Evola, Métaphysique du sexe

Pourquoi le lire

À lire si vous voulez voir, en laboratoire, comment un préjugé se déguise en spiritualité. Pas pour la sagesse, il n’y en a pas : pour la mécanique. C’est l’exemple parfait du piège esthétique, le moment où la culture sert d’alibi à la domination. Gardez en tête la phrase ci dessus, leur grande loi de l’involution : un homme qui renverse la science pour prouver ce qu’il a décidé d’avance. Tout le livre tient dans ce geste.

THEY SAGAN · LECTURES DES SŒURS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER

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