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Jonathan Littell, Les Bienveillantes. La Shoah racontée par un bourreau, et c’est insoutenable de justesse.

Un ancien officier SS raconte sans repentir sa participation à l’extermination des Juifs d’Europe. Roman vertigineux et controversé sur la mécanique du mal, double prix en 2006.

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C’est l’un des pactes de lecture les plus dérangeants jamais proposés. Dans Les Bienveillantes, paru en 2006, Jonathan Littell, Américain écrivant en français, donne la parole à un officier SS, Maximilien Aue, qui raconte, des décennies plus tard et sans repentir, sa participation à l’extermination des Juifs d’Europe. Neuf cents pages dans la tête d’un bourreau cultivé.

Le pari est immense et périlleux : non pas excuser, mais comprendre de l’intérieur la mécanique du génocide, montrer comment des hommes ordinaires, lettrés, mélomanes, deviennent les rouages d’une industrie de la mort. Aue cite les classiques, aime la musique, et organise des massacres. C’est précisément cette normalité du monstre qui glace.

Littell s’appuie sur une documentation historique colossale, restitue la machine administrative et militaire de la Shoah avec une exactitude saisissante. Mais il y greffe une fiction noire, des références aux tragédies grecques, qui font du narrateur une figure maudite, poursuivie par ses propres Érinyes, ces Bienveillantes du titre.

couverture
Jonathan Littell, Les Bienveillantes, 2006. Première de couverture.

Le livre a fait l’événement : double couronnement, le Goncourt et le grand prix de l’Académie française en 2006, succès international, et un débat féroce. Fallait il donner cette voix au bourreau ? N’y a-t-il pas une complaisance, une fascination ? Les pages les plus crues ont heurté, à raison parfois.

Mais réduire le roman au scandale serait une erreur. Sa vraie question est ancienne et brûlante : comment le mal devient il administratif, comment l’obéissance et la culture peuvent elles coexister avec l’horreur. Aue n’est pas un fou, c’est un cas, et c’est ce qui rend le livre nécessaire et terrible.

On peut lui reprocher ses excès, sa longueur, certaines provocations. On ne peut pas lui retirer son ambition ni sa puissance d’évocation de la mécanique génocidaire, rarement égalée dans la fiction.

À lire en connaissance de cause, comme une épreuve. Ce n’est pas un livre qu’on aime, c’est un livre qui oblige à regarder le mal là où il est le plus insupportable : non pas chez le monstre, mais chez l’homme.

L’argument · d’après l’éditeur

Un ancien officier SS raconte sans repentir sa participation à l’extermination des Juifs d’Europe. Roman vertigineux et controversé sur la mécanique du mal, double prix en 2006.

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