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Art3 min

Jay McInerney, Bright Lights, Big City. Le New York des années 80, la cocaïne, et un narrateur qui se dit « tu ».

Dans le New York cocaïné des années 80, un jeune homme se perd dans la nuit et la drogue pour fuir un deuil. Roman générationnel à la deuxième personne, chagrin sous les paillettes.

La rédaction3 min de lectureArt

Dès la première page, une étrangeté saisit : le roman vous parle à la deuxième personne. Tu es dans une boîte de nuit, à une heure tardive, le nez poudré, et tu sais déjà que ce n’est pas un endroit pour toi. Bright Lights, Big City, premier roman de Jay McInerney paru en 1984, raconte ainsi, en te désignant, la dérive d’un jeune homme dans le New York clinquant et cocaïné des années 80.

Le narrateur, qu’on ne nomme jamais, travaille comme vérificateur de faits dans un grand magazine, métier qu’il fait mal, hanté par le départ de sa femme, mannequin, et par un deuil qu’il refuse de regarder. La nuit, il se perd dans les clubs, la drogue, les lendemains hagards. Le jour, il s’effondre lentement.

Le choix du tu est génial : il met le lecteur à la place du personnage, mais à distance aussi, comme si le narrateur se parlait à lui même, incapable de dire je, anesthésié, dédoublé. La forme épouse exactement l’état d’un être qui se regarde sombrer sans pouvoir s’en empêcher.

couverture
Jay McInerney, Bright Lights, Big City, 1984. Première de couverture.

McInerney, avec Bret Easton Ellis, a incarné cette génération d’écrivains qui ont saisi les années 80 américaines, leur fête, leur vide, leur cynisme et leur détresse cachée. Sous le glamour des bright lights, big city, il y a un immense chagrin, un deuil non fait, une jeunesse qui se drogue pour ne pas sentir.

Le roman est court, rapide, drôle d’une drôlerie désespérée, et d’une justesse cruelle sur la solitude au cœur de la fête. Il dit l’envers du rêve urbain : on monte à la grande ville pour briller, et on s’y consume.

Devenu un classique générationnel, adapté au cinéma, le livre garde une fraîcheur intacte parce que ce qu’il décrit, la fuite en avant, l’anesthésie par l’excès, le refus du chagrin, n’a fait que se généraliser depuis.

À lire pour la prouesse du tu et pour la mélancolie sous les paillettes. C’est le roman de tous ceux qui dansent trop fort pour ne pas entendre ce qui, en eux, est en train de se briser.

L’argument · d’après l’éditeur

Dans le New York cocaïné des années 80, un jeune homme se perd dans la nuit et la drogue pour fuir un deuil. Roman générationnel à la deuxième personne, chagrin sous les paillettes.

ALPHA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · REAL RECOGNIZE REAL

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