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Irvine Welsh, Trainspotting. L’héroïne, Édimbourg et une jeunesse qui refuse de choisir la vie.
Une bande de jeunes héroïnomanes d’Édimbourg, sous Thatcher, entre défonce, amitié et trahison, dans une langue de rue déflagrante. Roman culte sur une génération sans avenir.
La rédaction3 min de lectureArt
Peu de premiers romans ont frappé aussi fort. Trainspotting, publié par Irvine Welsh en 1993, plonge dans une bande de jeunes héroïnomanes d’Édimbourg, au plus bas de l’ère Thatcher, et le fait dans une langue qui est une déflagration : l’écossais phonétique des quartiers pauvres, restitué tel qu’on le parle, cru, drôle, hallucinant.
Renton et sa bande, Sick Boy, Spud, le terrifiant Begbie, vivent de petites combines, de défonce et de violence, dans une ville qui ne leur offre rien. Le livre ne moralise pas, ne juge pas, ne romantise pas non plus : il colle au plus près de leur quotidien, entre euphorie chimique et descente atroce, amitié et trahison.
Le célèbre monologue d’ouverture, où Renton énumère avec rage toutes les choses normales qu’on est censé désirer, télé, carrière, crédit, famille, pour conclure qu’il choisit autre chose, est devenu un manifeste de toute une génération qui refusait le modèle qu’on lui vendait. Choisir la vie, oui, mais laquelle, et pour quoi ?

Sous la provocation, Welsh écrit le désespoir social d’une classe ouvrière laminée, privée d’avenir, à qui il ne reste que la fuite chimique. La drogue n’y est pas un vice individuel, c’est le symptôme d’un monde sans horizon. C’est un livre politique qui ne le dit jamais.
L’adaptation de Danny Boyle, en 1996, en a fait une icône pop, énergique et stylée. Mais le film édulcore ce que le roman a de plus noir et de plus dur. Le livre ne console pas : il montre la mort, la déchéance, le sida, sans filtre esthétique.
Sa modernité tient à sa langue et à sa lucidité. Welsh a donné une voix littéraire à ceux qu’on n’entend jamais, et prouvé qu’on pouvait faire de la grande littérature avec l’argot des marges, sans le trahir.
À lire pour le choc, pour la langue, et pour comprendre une génération qui a regardé en face le modèle qu’on lui proposait et a dit non, même si le non menait au pire.
L’argument · d’après l’éditeur
Une bande de jeunes héroïnomanes d’Édimbourg, sous Thatcher, entre défonce, amitié et trahison, dans une langue de rue déflagrante. Roman culte sur une génération sans avenir.
ALPHA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · REAL RECOGNIZE REAL
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