Art3 min
Hunter S. Thompson, Las Vegas parano. Le rêve américain cherché dans le désert, à pleines poignées de drogue.
Reporter et avocat filent vers Las Vegas, bourrés de drogues, en quête d’un rêve américain introuvable. Acte fondateur du journalisme gonzo, rage lucide sous le délire.
La rédaction3 min de lectureArt
Deux hommes filent vers Las Vegas dans une décapotable bourrée de drogues, en mission de reportage qu’ils oublieront aussitôt. Voilà le point de départ de Las Vegas parano, paru en 1971, et l’acte fondateur de ce que Hunter S. Thompson a baptisé le journalisme gonzo : un reportage où le reporter, défoncé et hystérique, devient le sujet de son propre article.
Raoul Duke, double de Thompson, et son avocat samoan traversent une Amérique hallucinée, entre casinos, hôtels saccagés et paranoïa chimique. Mais sous le délire, il y a un constat lucide et amer : la quête, c’est celle du rêve américain, et on ne le trouve nulle part. Les années soixante et leurs promesses sont mortes ; reste Las Vegas, machine à cash et à néon, sa parodie clinquante.
Le style est une décharge : phrases qui s’emballent, exagération permanente, humour noir et fureur mêlés. Thompson écrit comme on conduit ivre, et c’est exactement le propos. La forme épouse le chaos d’une époque qui a perdu ses idéaux et noie la gueule de bois dans l’excès.

On a réduit le livre à son folklore de défonce, et c’est passer à côté. Sous la provocation, Thompson est un moraliste enragé, un patriote déçu qui hurle parce qu’il a cru à quelque chose. Le gonzo n’est pas une pose, c’est une manière de dire qu’on ne peut plus rendre compte froidement d’un monde devenu fou.
Avant le rap, avant l’autofiction trash, Thompson a posé l’idée que la subjectivité totale, assumée, pouvait dire le réel mieux que la fausse objectivité. Tout récit qui se met en scène, qui transforme sa propre dérive en témoignage, descend de là.
Le film de Terry Gilliam, en 1998, avec Johnny Depp, a fixé l’imagerie. Mais le livre garde une rage politique que l’écran édulcore : c’est l’oraison funèbre d’un rêve, écrite par quelqu’un qui y avait cru.
À lire pour le souffle et pour la lucidité dessous l’ivresse. Thompson cherchait le rêve américain à Las Vegas. Il a trouvé son cadavre, et il l’a raconté comme personne.
L’argument · d’après l’éditeur
Reporter et avocat filent vers Las Vegas, bourrés de drogues, en quête d’un rêve américain introuvable. Acte fondateur du journalisme gonzo, rage lucide sous le délire.
ALPHA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · REAL RECOGNIZE REAL
Partager