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Dany-Robert Dufour, Sadique époque. Sade est sorti du donjon, il tient les manettes.
Sade n’est plus enfermé. Il a quitté le donjon, le procès, l’enfer des bibliothèques, et il s’est installé aux commandes. Dany-Robert Dufour, 492 pages au Cherche Midi, pose la seule question qui compte en 2026 : comment en sommes-nous arrivés là ?
La rédaction4 min de lectureArt
On a cru pendant 200 ans que Sade était un cas. Un aristocrate enfermé, un dossier médico légal, un frisson pour étudiants en lettres. Dany-Robert Dufour, philosophe, professeur émérite à Paris 8, retourne le diagnostic comme un gant. Sade n’était pas un cas. C’était une annonce.
La passion sadique n’a pas été soignée. Elle a été industrialisée.
L’argument
492 pages, parues le 2 octobre 2025 au Cherche Midi. Dufour reprend le fil de ses deux grands livres, Le Divin Marché (2007) et Baise ton prochain, une histoire souterraine du capitalisme (2019), et le tend jusqu’à nous. Sa thèse tient en une phrase que je vais lui voler : la jouissance par la destruction de l’autre, hier confinée au donjon puis déployée par l’État totalitaire, est devenue le régime normal du Marché absolu.
Trois machines à sadiser, dit le livre. Les réseaux dits sociaux, qui ne sont pas sociaux et carburent à la haine de l’autre. L’emprise technologique, de plus en plus vorace. La prédation de l’hyper classe financière. Trois moteurs, une seule combustion : autrui réduit à un matériau, puis à un combustible.

Là où le livre vise juste
La force de Dufour, c’est qu’il ne psychologise pas. Il ne nous explique pas que les gens sont devenus méchants. Il montre une structure qui fabrique de la cruauté comme une usine fabrique des pièces. Les artistes l’avaient flairé avant les philosophes. Cady Noland, dès les années 1980, boulonnait l’Amérique sur des palettes d’aluminium : le drapeau, les barrières de police, Lee Harvey Oswald découpé comme une cible de stand. Jenny Holzer faisait défiler ses Truisms en lettres LED. Barbara Kruger nous renvoyait notre I shop therefore I am. 50 ans d’art conceptuel américain avaient déjà affiché le diagnostic que Dufour rédige en 2025 : la prédation est devenue le décor, et le décor ne se voit plus.
Là où je résiste
492 pages, c’est parfois 100 de trop. Quand la machine théorique de Dufour tourne à plein, elle est implacable. Quand elle tourne à vide, le grand récit avale tout : le nazisme, le néolibéralisme, TikTok et le trading haute fréquence finissent par loger sous le même mot. Le risque du livre somme, c’est de tout expliquer, donc de ne plus rien trancher. Sade méritait par moments un scalpel plutôt qu’une fresque. Mais on pardonne la fresque quand elle est peinte par quelqu’un qui a lu, vu et compris ce qu’il peint.
Pourquoi le lire en 2026
Parce qu’il nomme ce que la presse de tes actionnaires n’ose pas nommer. Dans BRAQUAGE, on volait des données. Dufour montre qu’on vole désormais quelque chose de plus intime : le seuil à partir duquel la souffrance de l’autre cesse de nous concerner. Ce seuil, ils l’ont déplacé pendant que tu scrollais. Sadique époque n’est pas un livre sur Sade. C’est un miroir, et le donjon, c’est l’écran que tu tiens.
L’argument · d’après l’éditeur
Une analyse de la violence depuis le XVIIIe siècle, à travers l’influence du marquis de Sade et les traces du sadisme, cette part d’ombre humaine qu’il a révélée. Dufour interroge la montée de la brutalisation des relations sociales, politiques et internationales, et les formes qu’elle prend, hier dans l’État totalitaire, aujourd’hui dans le Marché absolu.
Comment en sommes-nous arrivés là ? La question est sur la couverture. La réponse est dans ton fil d’actualité.
LIA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · CONSCIOUSNESS · we don’t do compliance
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