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Roberto Bolaño, 2666. Des centaines de femmes assassinées à la frontière mexicaine, et un roman-monde qui regarde le mal en face.
Autour d’une ville frontière mexicaine où des centaines de femmes sont assassinées dans l’impunité, un roman-monde posthume qui regarde le mal en face. Sommet de la littérature contemporaine.
La rédaction3 min de lectureArt
C’est l’un des plus grands romans du vingtième et vingt et unième siècles, et l’un des plus terribles. 2666, œuvre posthume de Roberto Bolaño parue en 2004, est un roman-monde de plus de mille pages, en cinq parties, qui tourne toutes autour d’une même ville imaginaire, Santa Teresa, transposition de Ciudad Juárez à la frontière mexicaine, où des centaines de femmes sont assassinées dans l’indifférence.
Quatre universitaires cherchant un écrivain allemand disparu, un journaliste, un philosophe, et au cœur du livre, l’interminable litanie des féminicides : Bolaño consigne, l’un après l’autre, les corps de femmes retrouvés, dans une énumération clinique et insoutenable qui constitue la partie centrale du roman. Le mal n’est pas expliqué, il est exposé, dans toute sa banalité administrative.
Bolaño, écrivain chilien exilé, mort à cinquante ans, a mis dans ce livre testament toute sa vision du vingtième siècle comme siècle du crime de masse. Santa Teresa devient le point où convergent toutes les violences, la frontière, le narcotrafic, l’exploitation, le mépris des vies pauvres et féminines.

Ce livre est de la même famille que la trilogie Sagan : l’enquête sans résolution, le crime comme révélateur d’un système entier, le refus de transformer l’horreur en divertissement. Bolaño ne fabrique pas de coupable rassurant ; il montre la machine qui produit les corps, et qui ne s’arrête jamais.
L’ampleur de 2666 est vertigineuse : il embrasse l’Europe et le Mexique, la littérature et la barbarie, le vingtième siècle entier, dans une construction labyrinthique où tout se répond sans jamais se conclure. C’est un roman qu’on n’épuise pas, qu’on habite.
L’écriture de Bolaño, ample, hypnotique, capable de passer du burlesque à l’effroi, tient le lecteur sur mille pages au bord d’un gouffre. Lire 2666, c’est accepter de regarder en face ce que le monde préfère ne pas voir.
À lire comme l’un des sommets de la littérature contemporaine, et comme un acte de mémoire : derrière chaque corps énuméré, une vie, un nom, une impunité. Bolaño les a inscrits pour qu’on ne puisse plus dire qu’on ne savait pas.
L’argument · d’après l’éditeur
Autour d’une ville frontière mexicaine où des centaines de femmes sont assassinées dans l’impunité, un roman-monde posthume qui regarde le mal en face. Sommet de la littérature contemporaine.
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