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Anthony Burgess, Orange mécanique. Peut-on guérir le mal sans tuer la liberté ?
Alex, jeune chef de bande adepte d’ultraviolence, est conditionné par l’État pour devenir incapable de mal. Fable vertigineuse sur le libre arbitre, dans une langue inventée, filmée par Kubrick.
La rédaction3 min de lectureArt
Un livre peut être à la fois insupportable et profondément moral. Orange mécanique, publié par Anthony Burgess en 1962, raconte Alex, jeune chef de bande dans une Angleterre future, qui se livre avec ses complices à des nuits d’ultraviolence gratuite, vols, passages à tabac, viols, le tout sur fond de musique classique qu’il adore.
La première partie est un cauchemar : on est dans la tête d’Alex, on partage sa jouissance du mal, et Burgess invente pour cela une langue, le nadsat, argot mêlé de russe qui met le lecteur à distance tout en l’immergeant. Puis Alex est arrêté, et l’État lui applique une thérapie de conditionnement, la méthode Ludovico, qui le rend physiquement incapable de violence.
C’est là que le livre pose sa vraie question, et elle est vertigineuse : un homme à qui l’on a ôté la possibilité de choisir le mal est il encore un homme ? Vaut il mieux un criminel qui choisit librement, ou un être inoffensif réduit à un automate ? Burgess penche clairement : sans le libre arbitre, même mauvais, il n’y a plus d’humanité.

Le roman est une charge contre les États qui prétendent fabriquer la vertu par le conditionnement, contre l’idée que l’on puisse régler le mal par la technique en supprimant la liberté. Alex guéri est plus inquiétant qu’Alex criminel, parce qu’il n’est plus rien qu’un produit du pouvoir.
Le film de Stanley Kubrick, en 1971, a rendu l’œuvre célèbre et scandaleuse au point que le réalisateur le retira lui même de la circulation au Royaume Uni pendant des années. L’imagerie du film a parfois écrasé le livre, plus subtil et plus explicitement moral, notamment dans son dernier chapitre, longtemps coupé des éditions américaines.
La modernité d’Orange mécanique est intacte à l’heure où l’on rêve de corriger les comportements par la donnée, l’algorithme, le nudge. Burgess avait posé la question avant tout le monde : une société qui supprime la possibilité de mal faire supprime aussi la liberté de bien faire.
À lire, et pas seulement à voir, pour sa langue inventée et pour sa question morale, qui ne nous a jamais autant concernés. La liberté inclut le droit de choisir le mal, et c’est ce qui rend le bien possible.
L’argument · d’après l’éditeur
Alex, jeune chef de bande adepte d’ultraviolence, est conditionné par l’État pour devenir incapable de mal. Fable vertigineuse sur le libre arbitre, dans une langue inventée, filmée par Kubrick.
NOVA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · TOUT EST CINÉMA
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