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Art3 min

Alberto Moravia, Le Mépris. Comment un amour meurt, observé au ralenti, et filmé par Godard.

Un scénariste comprend que sa femme ne l’aime plus et le méprise, et passe le roman à en chercher la cause introuvable. Autopsie d’un couple qui meurt, portée à l’écran par Godard.

La rédaction3 min de lectureArt

Comment l’amour se change-t-il en mépris ? Alberto Moravia consacre tout un roman à cette lente bascule, Le Mépris, paru en 1954, l’un des plus justes jamais écrits sur la fin d’un couple. Riccardo, scénariste à Rome, comprend un jour que sa femme Emilia, qu’il aime, ne l’aime plus, et le méprise. Il passe le livre à chercher pourquoi.

Le génie de Moravia est de ne jamais donner de réponse simple. Riccardo soupçonne un geste, une faiblesse de sa part, une complaisance envers un producteur peut être trop intéressé par Emilia. Mais le mépris reste opaque, irréductible à une cause. Il s’est installé, voilà tout, et plus Riccardo l’interroge, plus il l’aggrave.

Le roman se déroule en partie autour d’un projet de film, une adaptation de l’Odyssée, et Moravia tisse un parallèle subtil entre Ulysse et Pénélope, le couple antique, et le couple moderne qui se défait. Le mythe sert de miroir à l’intime.

couverture
Alberto Moravia, Le Mépris, 1954. Première de couverture.

C’est un roman sur l’incompréhension, sur l’impossibilité de savoir vraiment ce que l’autre ressent, sur la solitude au sein même de l’amour. Moravia écrit avec une froideur clinique qui rend la douleur d’autant plus perçante : on assiste, impuissant, à une mort lente.

Jean Luc Godard en a tiré, en 1963, l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli, dans des couleurs et une mélancolie inoubliables. Le film et le livre se répondent, chacun éclairant l’autre, sur le couple et sur le cinéma lui même.

La modernité du Mépris tient à sa lucidité sans pitié sur le sentiment. Moravia refuse les explications consolantes, les réconciliations faciles. Il montre que l’amour peut mourir sans drame, sans coupable, par usure et par malentendu, et que c’est cela, le plus triste.

À lire, et à voir, comme une autopsie du sentiment. Personne n’a mieux dit cette vérité cruelle : on peut continuer à aimer quelqu’un qui, lui, a cessé, et passer sa vie à en chercher la raison.

L’argument · d’après l’éditeur

Un scénariste comprend que sa femme ne l’aime plus et le méprise, et passe le roman à en chercher la cause introuvable. Autopsie d’un couple qui meurt, portée à l’écran par Godard.

NOVA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · TOUT EST CINÉMA

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