| ÉDITO · SOCIÉTÉ · ZOÉ SAGAN |
| Pourquoi on ne fait plus d’enfants : la France où les morts dépassent les naissances |
| | Pour la première fois depuis la guerre, la France a enterré plus qu’elle n’a bercé. 645 000 naissances en 2025, le taux de fécondité le plus bas depuis 1918. On appelle ça une crise. Et si ce n’était pas une crise, mais un choix ? Pas la misère qui éteint les berceaux. Le confort. |
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| Les chiffres de l’INSEE sont un coup de cloche. En 2025, 645 000 bébés sont nés en France, 2,1 % de moins qu’en 2024, un quart de moins qu’en 2010. L’indice de fécondité tombe à 1,56 enfant par femme, le niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Et un seuil a été franchi, silencieusement : pour la première fois depuis la Seconde Guerre, le solde naturel est négatif. Il meurt désormais plus de Français qu’il n’en naît. |
| On connaît les explications de surface, et elles sont vraies : le logement hors de prix, le coût de la vie, la précarité qui repousse le moment de fonder un foyer. Mais elles n’expliquent pas tout, parce que la natalité s’effondre aussi là où l’argent ne manque pas. |
| ▸ Le diagnostic chiffré | 645 000 naissances en 2025 (INSEE).
1,56 enfant par femme, plus bas depuis 1918.
Solde naturel négatif pour la première fois depuis 1945.
Plus de 31 ans · l’âge moyen à la maternité, en hausse continue. |
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| Un seul indicateur dit presque tout : l’âge auquel une femme a son premier enfant ne cesse de reculer. On construit d’abord sa carrière, sa position, son matelas de sécurité. L’enfant viendra après. Sauf qu’on ne diffère pas un enfant comme on diffère un voyage. La fenêtre biologique, elle, ne négocie pas. |
| On ne diffère pas un enfant. On le perd, une année à la fois. l’horloge qui ne se remonte pas |
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| Et puis il y a la cause qu’aucune statistique ne capte. Ce n’est pas le malheur qui vide les maternités. C’est l’inverse troublant : une société qui ne manque de rien, et qui a cessé de croire en son lendemain. On ne met pas un enfant au monde quand on ne fait plus confiance au monde. Le climat, l’instabilité, le sentiment diffus que demain sera pire qu’hier : voilà le vrai contraceptif de l’époque, et il est dans la tête, pas dans le portefeuille. |
| Reste le plus dur à dire, et c’est pour ça qu’on le dit mal : le sujet est confisqué. Quiconque l’aborde est aussitôt sommé de choisir un camp, et renvoyé à ses présumées arrière pensées. Du coup on se tait, et un pays qui ne peut plus parler de sa propre disparition a déjà commencé à l’accepter. |
| ▸ Service des Renseignements Culturels | | Une civilisation ne meurt pas dans le fracas, elle s’éteint dans le contentement. La courbe des naissances ne descend pas parce que les femmes manquent de quelque chose, mais parce qu’elles ne manquent de rien, et qu’on leur a vendu un avenir si incertain qu’y projeter un enfant paraît déraisonnable. Le vrai sujet n’est pas le ventre des femmes. C’est la foi d’un peuple en sa propre suite. |
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Pauvreté des enfants : 27,5 % en France Le krach n’aura pas lieu |
| Sources |
| INSEE, bilan démographique 2025 · INSEE, les naissances en 2024 |
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