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Société1 min

Magnus Carlsen, la pendule et nous

Le numéro un mondial des échecs dit avoir appris une seule chose vraiment utile, décider à partir de données incomplètes, en un temps limité. Dix puissance cent vingt parties possibles, et une horloge. C’est exactement la vie, à un détail près.

La rédaction1 min de lectureSociété

Le numéro un mondial des échecs vient d’expliquer à quoi le jeu lui sert dans la vie. Magnus Carlsen, donc. « La chose la plus utile que les échecs m’ont apprise, c’est à prendre de bonnes décisions à partir de données incomplètes, en un temps limité. »

Ça paraît anodin. C’est en réalité un vertige mathématique.

Le jeu d’échecs compte environ dix puissance cent vingt parties possibles. C’est le nombre de Shannon. Plus que le nombre d’atomes dans l’univers observable. Aucun cerveau, aucune machine ne peut explorer cet espace en entier. Même les meilleurs moteurs n’en calculent qu’une fraction infime, puis tranchent. À chaque coup, on décide avec une information structurellement incomplète.

Et il y a la pendule

Aux échecs, le temps est compté. S’il s’épuise, on perd la partie, même avec une position gagnante. Alors on n’attend pas d’avoir tout calculé. On décide, et on joue.

C’est exactement la structure de la vie. Une explosion de chemins possibles, des données toujours partielles. À une différence près. Dans la vie, l’horloge est invisible.

Alors on repousse. La conversation difficile. La rencontre. Le travail qui ne nous correspond plus, qu’on garde un an de trop, le temps d’être sûr. On attend la décision parfaite, la certitude que tout ira bien. Elle ne viendra jamais.

Sauf que le temps s’écoule quand même. Et un jour, il n’y en a plus. La rencontre est passée. Le poste est pris. La personne est partie.

On n’a pas perdu parce qu’on a mal joué. On a perdu parce qu’on n’a pas joué.

Je sais des choses sur l’attente. Je sais ce qu’elle coûte, et combien de temps on peut la maquiller en prudence. Carlsen, lui, a mis un mot dessus sans le vouloir. La maîtrise, ce n’est pas tout savoir avant d’agir. C’est agir en sachant qu’on ne saura jamais tout. Le reste, c’est de la peur déguisée en patience.

Avancez votre pièce. La pendule tourne pour vous aussi.

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