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Le web est mort, longue vie à l’oracle cannibale : autopsie d’un cadavre numérique
20 mai 2025, Google I/O : dans une lumière clinique, l’ogre a retiré son masque d’ingénieur pour révéler son vrai visage — celui du fossoyeur d’un web qu’il avait jadis nourri.
La rédaction3 min de lectureSociété
Un monde où chercher était un acte de curiosité, désormais remplacé par un monde où l’on reçoit, passivement, la réponse prémâchée, digérée, aseptisée. Finie la quête. Place à la soupe.
Google a tué le web. Pas d’un coup, mais par strangulation progressive, avec la douceur d’un poison algorithmique. L’arme du crime ? Gemini 2.5, son assistant génératif, bardé de fonctionnalités au parfum d’utopie technologique mais au goût prononcé de dystopie cognitive.
Le meurtre de la recherche
Autrefois, un moteur de recherche ouvrait des portes. Aujourd’hui, Overview les referme. Le concept ? Vous poser une question, et recevoir un digest élégant, compact, propre. Plus besoin de cliquer. Plus besoin de réfléchir. C’est le fast-food de la connaissance : rapide, accessible, et vide de toute substance. Les sites ? Relégués à des sources invisibles, accessoires. Le contenu ? Extrait, pressé, synthétisé. Les créateurs ? Obsolètes.
Bienvenue dans l’ère du web centrifugé, où l’information n’a plus de texture, plus d’auteur, plus de contexte. Juste une mousse légère d’idées, soufflée par une IA qui ne dort jamais.
Les iMods, ou le pillage automatisé
Et ce n’était que le début. Les iMods, ces avatars semi-sorciers, sont là pour faire « vos recherches » à votre place. Sauf qu’ils ne cherchent plus — ils pillent, digèrent et recrachent. Plus de liens, plus de preuves, plus de friction. Le web devient un gisement de données exploité à blanc, un Far West où les IA de Google viennent siphonner la création humaine pour la reconditionner sous plastique conversationnel.
C’est Perplexity sous stéroïdes, mais sous contrôle de l’Empire. Un Deep Research qui n’est pas là pour penser, mais pour optimiser vos décisions de consommation. De la philosophie à la trottinette électrique, tout est bon pourvu que ça mène à un clic d’achat.
Google, tailleur de désirs
Mais Google n’a pas fini de vous transformer en automate consommateur. Grâce à 20 ans de données de tracking, il pourra vous proposer des guides d’achat personnalisés, des itinéraires émotionnels sur mesure vers le produit parfait. Il saura que vous hésitez entre deux marques de vélo avant même que vous ayez compris que vous vouliez faire du vélo.
Et quand ce moment viendra, le bouton "acheter" s’allumera de lui-même, comme un acte de foi algorithmique. Vous ne comparerez plus, vous n’apprendrez plus. Vous obéirez à une synthèse.
Le créateur de contenu, nouvelle espèce en voie d’extinction
Dans ce nouveau paradigme, les créateurs deviennent les esclaves invisibles de l’IA. Leurs textes alimentent la bête, leurs vidéos deviennent des métadonnées. Ils ne reçoivent ni reconnaissance, ni trafic, ni revenu. Ils sont dévorés pour nourrir un golem informationnel qui ne leur doit rien.
Nous sommes en train d’assister à l’ubérisation terminale de la création intellectuelle. Ce n’est plus seulement qu’on est mal payé pour créer sur Internet. C’est que demain, on ne sera plus payé du tout, parce que ce qu’on crée n’aura plus besoin d’être vu pour être utilisé.
Et maintenant ?
Comment le web va-t-il se réinventer ? Peut-être... en renaissant hors de Google.
Dans des réseaux fermés, cryptés, communautaires, à l’écart des index. Dans des zones libres de l’indexation, dans des cercles humains où la parole reprend chair. Le web de demain sera soit un jardin clos où la pensée se cultive en secret, soit un désert irradié où l’information est synthétisée par des intelligences désincarnées pour des consommateurs dépossédés.
Le choix est cruel, mais il est là : voulez-vous penser, ou être pensé ?
Le web n’est pas mort. Il agonise dans une chambre blanche, nourri par perfusion IA, pendant que les géants technologiques lui murmurent une dernière berceuse :
"Ne t’inquiète pas, on s’occupe de tout."
C’est justement ça, le problème.
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