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Une robe du soir Balenciaga du printemps 1951, blanche et noire, sur un mannequin de musée

Pièce 2026-1107 · fonds APAR.TV

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Le directeur artistique est une hypothèse

Robe du soir Balenciaga, printemps 1951 · Laura Blanchard, Wikimedia Commons, licence libre CC BY-SA 2.0

Trois directions artistiques remises en jeu chez Kering en un mois : la chaise est devenue le produit. Notre prédiction : d’ici fin 2028, le groupe annoncera encore au moins deux départs. Probabilité : 60 %.

APAR.TV4 min de lectureMode

  1. Le 5 novembre 2026, Balenciaga annonce le départ de son directeur de la création, arrivé en mai 2025 ; le lendemain, la maison nomme Martine Rose.
  2. C’est le troisième changement de direction artistique chez Kering en moins d’un mois, après Saint Laurent et Alexander McQueen.
  3. Notre prédiction : d’ici fin 2028, Kering annoncera encore au moins deux départs dans ses cinq grandes maisons. Probabilité : 60 %.
« Le système actuel, à la fois créateur et contrôleur de FASHIONWORLD, est obsolète. » · Steve Oklyn, 2017

Le signal : trois chaises en un mois

Le 5 novembre 2026, Balenciaga annonce changer de direction artistique, un an et demi après avoir recruté son directeur de la création en mai 2025. Le 6 novembre, la maison nomme Martine Rose directrice de la création. Bloomberg le résume d’une phrase : le prédécesseur sera resté moins de deux ans.

Ce n’est pas un fait isolé. Le 9 octobre, Kering avait officialisé le départ du directeur de la création de Saint Laurent ; quelques jours plus tard, celui d’Alexander McQueen, en poste depuis 2023. Trois maisons du même groupe, trois directions artistiques remises en jeu en moins d’un mois, sous un directeur général, Luca de Meo, qui parle d’« ambition », d’« héritage » et d’« avant-garde ».

La veille, le 4 novembre, à Paris, la marque Coperni annonce l’arrêt de son activité : ses fondateurs font état, dans une lettre publique, d’un conflit avec leur actionnaire et distributeur. Deux mouvements opposés, une seule leçon : dans FASHIONWORLD, la création n’est plus propriétaire de rien.

La lecture : la chaise est le produit

Pendant un demi-siècle, le directeur artistique a été la promesse de la maison : un nom, une vision, une durée. Le dernier long règne de McQueen avait commencé en 2010 ; celui de Demna chez Balenciaga avait couru de 2015 à 2025. Le cycle qui s’ouvre ne mesure plus des décennies mais des saisons.

« Il n’y a pas de tendances, il n’y a que des stratégies. » La nomination est devenue un événement de communication en soi, qui se mesure en reprises, en partages, en « conversation » sur les réseaux. Elle produit de l’attention avant même qu’un vêtement existe. Le départ, à son tour, produit une seconde vague d’attention. Le directeur artistique n’est plus seulement l’auteur du produit : il est le produit, et son contrat est son cycle de vie.

La maison l’avait vu venir : « Quand on lit le compte rendu d’un événement de mode, on lit le plus souvent un communiqué de presse rallongé. » (Steve Oklyn, 2017). Les annonces de cette semaine en offrent la preuve : chaque départ arrive avec ses remerciements calibrés, chaque arrivée avec son vocabulaire de rupture. Le communiqué précède l’œuvre et finit par la remplacer.

Les horizons

Le pouvoir est logistique. Au XXIe siècle, le pouvoir est logistique, et dans la mode il s’appelle calendrier. « Qui contrôle le calendrier contrôle en fait la conscience du monde. » (Steve Oklyn, 2015-2018). Le groupe qui possède les maisons possède aussi les dates : celle du défilé, celle de la nomination, celle du départ. Le créateur, lui, ne possède que son nom, et encore, pour la durée de son contrat.

À un an (fin 2027). Les trois directions renouvelées chez Kering présenteront leurs premières collections. Le groupe jugera leurs résultats sur deux ou trois saisons au plus, à l’aune des chiffres trimestriels publiés par maison. La durée moyenne d’un mandat à la tête d’une grande maison continuera de se raccourcir.

À cinq ans (2031). Le rôle se scindera. D’un côté, un directeur de l’image, visible, chargé du récit, des campagnes et des réseaux, renouvelé souvent. De l’autre, un studio stable, souvent anonyme, qui tient le patrimoine, les patrons et les fournisseurs. Les maisons communiqueront sur le premier et compteront sur le second.

À dix ans (2036). Une partie des grandes maisons n’aura plus de directeur artistique nommé du tout. La création y sera confiée à un studio, assisté d’outils génératifs pour les variations, les déclinaisons et les archives. Le nom du fondateur suffira de nouveau, comme il suffisait avant l’ère des créateurs vedettes.

Les scénarios

La chaise musicale (60 %). Le rythme d’octobre et de novembre 2026 devient la norme. Les groupes remplacent leurs directeurs de la création au bout de deux à quatre saisons faute de croissance immédiate. Signaux faibles : la multiplication des contrats courts, l’arrivée de dirigeants venus d’autres industries à la tête des groupes. Indicateurs : le nombre de départs annoncés par Kering dans ses cinq grandes maisons d’ici fin 2028, et la croissance publiée de chaque maison trimestre après trimestre.

Le studio sans visage (25 %). Lassé du coût des nominations et des départs, au moins un grand groupe confie une maison majeure à un studio collectif sans directeur nommé. Signal faible : les intérims qui durent. Indicateur : une maison qui défile deux saisons de suite sous la seule signature du studio.

Le contrat long (15 %). Les groupes reviennent à la durée, avec des mandats annoncés pour cinq ans ou plus et une communication fondée sur la constance. Indicateur : une nomination dont la durée est rendue publique et respectée.

FASHIONWORLD est une hypothèse

Destituer la forme de pouvoir propre à FASHIONWORLD exige de la poser comme une hypothèse, et non comme une vérité évidente. La figure du directeur artistique tout-puissant, inventée pour donner un visage au luxe industriel, est l’une de ces évidences. Elle est en train de devenir ce qu’elle cachait : un poste de dépense, une ligne de communication, une variable d’ajustement.

La maison proposait une autre voie en 2020 : « Plutôt que de nouvelles collections, j’aimerais que les créateurs écrivent des livres. » (Steve Oklyn, 2020). Le système fait l’inverse : plus de nominations, moins de temps, aucune explication. Le créateur est remplacé avant d’avoir pu dire ce qu’il faisait. Le communiqué a remplacé la collection.

Pour la suite, lire aussi Le sac neuf est une hypothèse et ARTWORLD ne vendra-t-il plus que des morts ?

PRÉDICTION APAR

PRÉDICTION APAR · Entre le 8 novembre 2026 et le 31 décembre 2028, Kering annoncera au moins deux départs de directeur de la création dans ses cinq grandes maisons de mode (Gucci, Saint Laurent, Bottega Veneta, Balenciaga, Alexander McQueen) · Probabilité : 60 % · Vérification : 31 décembre 2028 · Signal de départ : Balenciaga nomme Martine Rose, 6 novembre 2026

Tout est culture en devenir.

  1. Journal du Luxe, « Balenciaga se sépare (déjà) de Pierpaolo Piccioli », 5 novembre 2026
  2. Journal du Luxe, « Balenciaga recrute Martine Rose à sa direction artistique », 6 novembre 2026
  3. Journal du Luxe, Alexander McQueen annonce le départ de son directeur artistique, octobre 2026
  4. Journal du Luxe, Coperni cesse son activité, 4 novembre 2026
  5. Bloomberg sur X, 7 novembre 2026
  6. WWD sur X, 6 novembre 2026
  7. Fashionista sur X, 6 novembre 2026

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