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Société3 min

La mort de la lecture en France, un phénomène inéluctable ?

La lecture est-elle en train de disparaître dans notre pays ? Les chiffres récents du Centre national du livre (CNL), publiés le 8 avril 2025 dans la sixième édition de son baromètre bisannuel « Les Français et la lecture » (Les Français et la lecture en 2025), révèlent une tendance inquiétante.

La rédaction3 min de lectureSociété

Seuls 56 % des Français se disent lecteurs réguliers, contre 61 % en 2023, et 63 % ont lu au moins cinq livres sur les 12 derniers mois, soit une baisse de 6 points par rapport à 2023. Chez les jeunes, le constat est encore plus frappant : le temps de lecture s’effondre à 3h18 par semaine pour les moins de 25 ans, en chute de 1h26 depuis 2023, tandis que le temps d’écran atteint 35h16 par semaine. Un article du Monde daté du 23 mai 2025 (Les Français lisent beaucoup moins, on prédit la mort de la littérature, et tout le monde s’en fiche) dresse un constat alarmant : la lecture est en déclin rapide, et cette évolution semble laisser la société indifférente. Mais ce phénomène est-il irréversible ?

Un recul historique et structurel

Pour saisir l’ampleur de cette crise, un retour en arrière s’impose. En 1988, 73 % des Français se déclaraient lecteurs réguliers ; aujourd’hui, ce taux n’est plus que de 56 %, avec une chute encore plus marquée chez les jeunes. Entre 2023 et 2025, la proportion de lecteurs réguliers a diminué de 5 points, et celle des personnes lisant au moins cinq livres par an a reculé de 6 points. Deux facteurs principaux expliquent cette érosion :

  • L’explosion du temps d’écran : 92 % des Français utilisent Internet pour leurs loisirs en 2025 (+7 points par rapport à 2023), avec un temps d’écran moyen de 23h27 par semaine (+49 minutes). Chez les moins de 25 ans, ce chiffre grimpe à 35h16, soit plus de 5 heures par jour.
  • La fragmentation de l’attention : 27 % des lecteurs pratiquent d’autres activités en lisant (réseaux sociaux, messages), un taux qui atteint 53 % chez les 15-24 ans et 42 % chez les 25-34 ans. Cette « lecture multitâche » transforme une expérience autrefois immersive en une activité superficielle.

Les jeunes, une génération perdue pour la lecture ?

Chez les 15-24 ans, les chiffres sont préoccupants : seuls 45 % se considèrent comme lecteurs réguliers, contre 56 % pour la population globale. Leur temps de lecture hebdomadaire est tombé à 3h18 (-1h26 depuis 2023), tandis que leur temps d’écran a bondi de 2h30 par semaine. Nés avec les smartphones et les réseaux sociaux, ces jeunes privilégient les vidéos courtes et les contenus algorithmiques aux livres.
Mais tout n’est pas sombre :

  • 50 % des 15-34 ans lisent en format numérique, soit 3 livres de plus qu’en 2015.
  • 32 % ont écouté un livre audio sur les 12 derniers mois (+2 points depuis 2023).
  • 91 % des 15-24 ans sont influencés par la présence en ligne d’un livre ou d’un auteur, et 79 % trouvent des recommandations sur les réseaux sociaux motivantes. Ces signaux indiquent une ouverture à des formats innovants, un levier potentiel pour raviver leur intérêt.

Les livres audio et la lecture numérique : des bouées de sauvetage ?

Les livres audio gagnent du terrain : 32 % des Français en ont écouté un en 2025 (+2 points depuis 2023), un taux qui atteint 43 % chez les gros lecteurs (+8 points). La lecture numérique progresse également, notamment chez les 15-34 ans (50 %). Pourtant, ces formats ne compensent pas la baisse globale : le nombre moyen de livres lus par an, tous supports confondus, a diminué de 4 unités depuis 2023. De plus, leur consommation fragmentée limite leur impact sur la concentration et la compréhension.

Une indifférence sociétale inquiétante

Comme le souligne Le Monde le 23 mai 2025, la société semble indifférente à ce déclin. Contrairement à d’autres enjeux éducatifs, comme les mathématiques, la chute de la lecture ne mobilise ni les politiques ni l’opinion publique. Cette apathie freine les efforts pour inverser la tendance, rendant la situation encore plus préoccupante.

Prédictions pour 2030 : vers une fracture culturelle

Si rien ne change, d’ici 2030, moins de 50 % des Français pourraient se déclarer lecteurs réguliers. La lecture risque de devenir une pratique élitiste, réservée à une minorité souvent plus âgée, tandis que les jeunes générations se tourneront vers des contenus visuels et éphémères. Cette fracture culturelle pourrait affecter l’éducation, la cohésion sociale et la pensée critique.
Cependant, des initiatives comme les programmes scolaires renforcés, les activités en bibliothèques ou les festivals littéraires offrent des pistes. Les mangas et bandes dessinées, plébiscités par les jeunes adultes (France Culture, 2023), pourraient aussi servir de tremplin, tout comme les réseaux sociaux, via des influenceurs littéraires.

Les technologies immersives : une lueur d’espoir ?
À l’horizon 2030, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle ou augmentée pourraient révolutionner la lecture. Des livres adaptatifs ou des expériences immersives pourraient séduire les générations digitales. Mais sans une politique publique forte – soutenant bibliothèques, écoles et éditeurs –, ces innovations risquent d’accentuer la superficialité culturelle plutôt que de la contrer.

Conclusion : Un combat pour l’avenir

La « mort de la lecture » en France n’est pas inéluctable, mais elle est probable sans mobilisation. Les chiffres alarmants et l’indifférence générale contrastent avec des solutions possibles : nouveaux formats, réseaux sociaux, technologies innovantes. Éducateurs, décideurs, éditeurs et lecteurs doivent agir pour que la lecture reste un pilier de notre société. Car un pays qui ne lit plus perd son histoire, son avenir et une part de son âme. En ce 25 mai 2025, sous le soleil du printemps, il est temps de se battre pour que la lecture ne devienne pas un souvenir.

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