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On fête deux cents ans de photographie avec 81 images d’un homme mort en 2009
La 43e édition des Journées du patrimoine s’ouvre ce samedi sur deux thèmes accolés : la photographie pour son bicentenaire, et le patrimoine en péril. Personne n’a dit tout haut que c’était le même sujet.
La rédaction5 min de lectureSociété
On fête deux cents ans de photographie avec 81 images d’un homme mort en 2009
Dans la cour d’honneur du Palais-Royal, entre les colonnes de Buren, le ministère de la Culture a accroché pour la première fois de son histoire une exposition de photographies. Quatre vingt une images, tirées des albums personnels de Willy Ronis, mort en 2009 à 99 ans. Entrée libre de 9h à 19h, samedi et dimanche, sans réservation. Le choix est impeccable : Ronis est l’un des derniers grands noms de la photographie humaniste française, celle qui regardait les gens plutôt que les monuments, et l’accrocher dans un décor d’État est une idée qui se défend jusque dans le contraste.
Le reste du dispositif est à l’échelle du pays. Plus de 1 700 sites ouverts en Île-de-France. L’an dernier, 18 500 sites dans toute la France et 7,4 millions de visiteurs. Le chantier de restauration de la façade de la gare de Lyon, conçue pour l’Exposition universelle de 1900, se visite pendant les travaux. Les grands dépôts des Archives nationales sortent des chartes mérovingiennes, le mètre étalon et la Déclaration des droits de l’homme. L’Institut national de l’audiovisuel ouvre ses coulisses à Bry-sur-Marne. Le Sénat laisse entrer dans le bureau de son président.
Le thème national est donc la photographie. Le thème européen, lui, est ailleurs : « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ». La ministre de la Culture Catherine Pégard en donne la clé de lecture officielle.
Climat, temps, oubli. Trois menaces, et toutes les trois sont lentes. C’est là que les deux thèmes se croisent sans que personne n’ait tiré le fil. Le patrimoine le plus en péril de la liste de cette année, ce n’est ni une chapelle humide ni une façade de 1900. C’est la photographie elle même, et ce qui la menace n’est ni le climat, ni le temps, ni l’oubli. C’est qu’elle est devenue facultative.
Nicéphore Niépce fabrique sa première image vers 1826, depuis une fenêtre de Saint-Loup-de-Varennes, avec un temps de pose qui se compte en heures. Ce que l’invention garantissait, et qui a fait sa force pendant deux siècles, c’est qu’il fallait avoir été là. Un appareil, une lumière, un objet devant l’objectif. La photographie n’était pas un style, c’était une preuve de présence. Deux cents ans plus tard, la preuve de présence a sauté, et le programme labellisé ne contient pas une ligne dessus.
Nous avons déjà regardé ce basculement par le mauvais bout de la lorgnette. Quand un drone russe filme sa propre traque à Kherson, l’image cesse d’être un témoignage pour devenir un dispositif. Quand un film entier sort sans qu’une caméra ait tourné, le mot cinéma tient encore mais la chaîne de fabrication n’existe plus. Et quand une femme réclame les négatifs de son enfance, ce qui se joue devant le juge est précisément la question de savoir qui possède une preuve de présence quand le sujet ne l’a pas voulue.
Ronis, lui, avait été là. Les 81 images du Palais-Royal viennent de ses albums personnels, ce qui est une information et pas un argument de communication : ce sont des tirages qu’il a choisi de garder, rangés, classés, annotés par un homme qui savait que le geste de conserver fait partie du métier. C’est aussi ce que le fort de Saint-Cyr expose ce week-end, quand la Médiathèque du patrimoine et de la photographie ouvre les collections photographiques de l’État et les archives des Monuments historiques. Des boîtes. Des tiroirs. Des choses lourdes qui prennent de la place et qu’il faut payer pour maintenir.
Le programme est beau, et il est cohérent avec lui même. À Gif-sur-Yvette, une exposition montre comment la photographie documente les édifices abandonnés et préserve la mémoire des lieux menacés. À Caen, le musée de Normandie réunit près de 150 œuvres et documents inédits sur l’histoire du château vue par les photographes. Partout, la photographie est présentée comme ce qui sauve le patrimoine. Nulle part elle n’est présentée comme ce qu’il faudrait sauver.
Il reste douze mois et onze jours de bicentenaire, 182 projets, une trentaine de pays. La question n’est pas de savoir si la fête est réussie. Elle le sera, comme la fréquentation l’a été et comme Orsay sait le faire. La question est celle ci, et elle tiendrait en une ligne dans un communiqué : qu’est ce qu’on célèbre au juste, l’image, ou le fait qu’il ait fallu y être ?
▸ The Art Newspaper, « Journées du patrimoine 2026 : la photographie et le patrimoine en péril à l’honneur », 18 septembre 2026
▸ Ministère de la Culture, programme des 18, 19 et 20 septembre 2026
▸ Journées européennes du patrimoine, programme national
▸ Manifeste du Bicentenaire de la photographie
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