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« Je préfère donner à manger à mes enfants » : 53% des travailleurs pauvres ne mangent pas à leur faim, révèle le premier baromètre Andès-Ipsos

La rédaction4 min de lectureSociété

L’Archive · Renseignement culturel

« Je préfère donner à manger à mes enfants. »
53% des travailleurs pauvres ne mangent pas à leur faim.

BAROMÈTRE ANDÈS · IPSOS · RÉVÉLÉ PAR RMC
On croyait la pauvreté réservée à ceux qui ne travaillent pas. Le premier baromètre national des travailleurs pauvres dit l’inverse, chiffres à l’appui : on peut avoir un emploi, en France, en 2026, et sauter des repas pour que ses enfants mangent.

Le chiffre central, d’abord, parce qu’il suffit à tordre le récit dominant. Selon le premier Baromètre national des travailleurs pauvres, réalisé par Ipsos pour Andès, le réseau national des épiceries solidaires du Groupe SOS, 53% des travailleurs pauvres déclarent ne pas manger à leur faim. Et 40% sautent régulièrement des repas, le plus souvent pour permettre à d’autres membres du foyer, leurs enfants d’abord, de manger. 77% redoutent une précarité accrue dans les mois à venir.

La méthode, parce qu’elle compte. L’enquête a été menée du 25 février au 4 mars 2025 auprès de 1 000 actifs âgés de 18 à 67 ans, en situation de pauvreté ou de précarité. Ce n’est pas un sondage d’opinion sur un ressenti, c’est une photographie de conditions de vie. Et RMC en a révélé les résultats en exclusivité le 15 juin 2026. La phrase qui reste, recueillie auprès de ces foyers, dit tout en sept mots : la deuxième semaine du mois, on mange déjà des pâtes.

Note de renseignement Le travailleur pauvre est l’angle mort parfait. Il ne déclenche aucune indignation de plateau, parce qu’il dérange les deux camps à la fois. Il contredit le discours qui réduit la pauvreté à la paresse, puisqu’il bosse. Et il contredit le récit du travail qui paie toujours, puisqu’il a faim. Trop salarié pour être plaint, trop pauvre pour s’en sortir, il disparaît des radars. Ce baromètre le rend, pour une fois, visible.

Il faut nommer ce que ces chiffres disent du modèle. Quand plus d’un travailleur pauvre sur deux ne mange pas à sa faim, ce n’est plus un problème de fins de mois, c’est un défaut structurel. L’inflation, les contrats courts, le temps partiel subi, le logement qui dévore le salaire : la faim devient l’indicateur le plus brutal de la précarité au travail. On parle d’emplois qui n’arrachent plus à la pauvreté ceux qui les occupent.

L’Archive retient l’inversion. La pauvreté laborieuse n’est pas une marge, c’est un symptôme. Et un pays qui se paie des débats sans fin sur l’assistanat devrait, au moins une fois, regarder en face ce chiffre : 53%. Plus d’un travailleur pauvre sur deux, dans la sixième puissance mondiale, ne mange pas à sa faim. Le reste est du commentaire. Celui-là est un fait.

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