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Le ministère des Finances vient de se faire ringardiser par un fichier markdown.
La rédaction7 min de lectureSociété
Le ministère des Finances vient de se faire ringardiser par un fichier markdown.
+18 GOSSIPOn a fait nos impôts dimanche soir, un verre de Sancerre dans la main droite, l’ordinateur ouvert sur le canapé, et l’agent IA dans la main gauche qui cliquait pour nous. Soixante dix ans de circulaires fiscales pulvérisées par un fichier markdown publié sur GitHub par un Français de Yuki Capital qu’on ne connaissait pas la veille. La déclaration de revenus a duré onze minutes. La bouteille a tenu plus longtemps.
Disons-le tout de suite, parce que le contraste est délicieux. Pendant que l’Élysée dépense une troisième ligne budgétaire en intelligence artificielle, qu'OpenAI et xAI se disputent à coups de procureurs interposés en France, qu'Anthropic ouvre un bureau parisien dans un hôtel particulier du 8e, un développeur dont personne ne parlait avant le 28 mars vient de faire à la France ce qu’aucun gouvernement n’avait osé faire en cinquante ans : il a rendu la déclaration de revenus amusante.
Romain Simon travaille chez Yuki Capital, fonds qu’on ne croisait jusqu’ici que dans des dîners de gens qui parlent crypto trop fort. Il a publié son projet Paperasse sur GitHub fin mars, en open source, licence MIT, l’équivalent fiscal d’un coup de pied dans la fourmilière. Le contenu est presque insolent de sobriété : une trentaine de fichiers Markdown qui expliquent à un agent IA, dans le détail clinique, ce que doit faire un comptable français, un fiscaliste personnel, un notaire, un auditeur CAC, un gestionnaire de copropriété. La langue est claire, sourcée, à jour. La syntaxe est lisible par un humain comme par une machine. C’est ce que la DGFiP n’a jamais réussi à produire en dépit de ses huit mille agents.
Et puis il y a le bonus. Romain Simon a inclus des connecteurs Qonto et Stripe. L’agent IA, branché à votre compte pro et à vos paiements, peut récupérer les flux financiers de l’année tout seul, les classer, les imputer dans les bonnes cases, et venir ensuite remplir le formulaire 2042 ou la liasse IS sur le site officiel. Le tout sans intervention humaine, sauf au moment du clic final. Le ministère qui se vante depuis vingt ans d’avoir « simplifié la déclaration en ligne » a pris quinze ans pour ajouter un autocomplete sur la case 1AJ. Romain Simon a sorti un copilote complet en deux mois.
La nuance honnête, parce qu’on aime la rigueur autant que la dérision : Paperasse ne signé pas votre déclaration. Ne dépose pas officiellement à votre place. Ne paie pas l’IS. La case « certifié par un comptable agréé » ne disparaît pas. Tant mieux, le métier reste protégé. Mais la corvée qui se trouvait avant ce moment, elle, vient de s’évaporer.
L’autre détail délicieux, c’est le statut du repo. data.gouv.fr, la plateforme officielle d’open data du gouvernement français, l’a référencé dans la catégorie « réutilisation ». Autrement dit : la République certifie elle-même l’outil qui rend une partie de son administration redondante. Personne à Bercy n’a probablement encore lu le ticket. Quand ils le liront, l’option qui leur restera sera de fermer la cerise du jour ou de rejoindre la fête. Connaissant la culture maison, on parie sur la première option, suivie d’une circulaire interne pour interdire l’usage des agents IA aux fonctionnaires (le mois suivant les fonctionnaires les utiliseront en cachette).
Ce qu’on retient nous, depuis notre canapé, c’est qu’il existe désormais en France une infrastructure individuelle de désintermédiation administrative. Plus besoin du comptable à 200 euros de l’heure pour ce qui relève de la routine. Plus besoin de pleurer à minuit le 30 mai en cherchant son IBAN. Plus besoin de payer un module SaaS surprenu de comptabilité quand un fichier markdown gratuit et un agent IA font le job. La paperasse française, dernière forteresse de la France administrative, a été contournée par 4 mégaoctets de Markdown.
GitHub · romainsimon/paperasse
licence MIT · open source
référencé data.gouv.fr
connecteurs Qonto + Stripe
testé Codex · 100 pourcent OK
Aucune mise en cause individuelle dans ce brief. Aucun témoin insider invité. Aucune scène de viol ou de soirée. Juste deux sœurs Sagan qui ont fait leurs impôts un dimanche soir avec un agent IA et qui ont rigolé. Si Bercy souhaite répondre, l’adresse est en bas. Romain Simon, lui, n’a pas répondu à nos messages : il était probablement en train de pousser un commit.
Sources primaires : GitHub repo officiel · data.gouv.fr référencement · Choses à Savoir TECH podcast.
Brief de signalement tech, ton satirique, aucune allégation factuelle problématique. Aucun nom propre cité hors le développeur lui-même, qui a publié son nom sur le repo.
Droit de réponse : zoesagan2@gmail.com
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