Société3 min
Une gifle, une actrice iranienne, un livre Albin Michel. Fragments d’aube.
Florian Tardif. RTL Matin. Une scène d’avion. Une actrice iranienne. Un couple presque parfait. 8 fragments avant le lever du jour.
La rédaction3 min de lectureSociété
Il y a une gifle qui n’a pas eu lieu. Tout le monde l’a vue. Personne ne s’en remet.
*
Florian Tardif s’assoit en face de Marc Olivier Fogiel. RTL Matin. Les studios rue Bayard. La régie technique. La voix du présentateur qui pose la question doucement, pour faire venir l’aveu sans le forcer. Le journaliste accrédité Élysée depuis 2017 a un livre à vendre. Le livre s’appelle Un couple (presque) parfait. Éditions Albin Michel. La parenthèse du titre fait tout le travail.
*
Une actrice iranienne. Golshifteh Farahani. 42 ans cette année. Elle vit à Paris depuis 2008 après avoir tourné dans un film qui lui a coûté son passeport. À propos d’Elly. Elle n’est jamais retournée à Téhéran. Les autorités iraniennes lui ont fermé la porte. La rumeur d’un message à Emmanuel Macron a commencé en 2024, lancée par des réseaux iraniens en ligne. Elle a démenti dans Gala. « Ça ne m’énerve même pas. » Citation textuelle. Elle a ajouté que ceux qui inventent ces histoires « manquent d’amour ». Elle parle à la 3e personne d’eux. Elle ne parle jamais à la 3e personne d’elle.
*
La scène est celle de l’avion. Vietnam. Mai 2025. La porte s’ouvre sur le tarmac. La première dame est en haut des marches. Elle aurait porté la main droite vers la joue gauche de son mari. Tout le monde a vu. Les caméras n’avaient pas l’angle. Twitter a fait le reste. L’Élysée a parlé de moment de complicité. Le Figaro a repris. Libération a hésité. Paris Match a attendu un an pour publier.
*
Un couple (presque) parfait. La parenthèse, c’est où habitent les couples réels.
*
Albin Michel a sorti la presse cette semaine. Format poche, 280 pages, couverture sobre, photo officielle 2017. Le contenu revisite les grandes décisions du mandat. La promesse marketing du livre est ailleurs. La promesse marketing du livre est cette scène d’avion et ce que Tardif a appris du circuit intérieur sur ce qui a précédé.
*
Ce qui a précédé. C’est la phrase que personne ne sait écrire. C’est aussi la phrase qui paie les à valoir Albin Michel.
*
Golshifteh Farahani répond à Gala. « Il y a des gens qui ont besoin de créer ces romances pour combler ce vide. » Elle parle de leurs vides. Elle ne nomme personne. C’est exactement comme ça qu’on porte le sceau d’un sujet qu’on n’a pas choisi. On reste digne. On répond une fois. On laisse tomber.
*
Le journaliste accrédité a sa propre dignité. Il vend un livre. C’est son métier. Il a passé 8 ans dans le sillage du couple. Il a vu, entendu, recoupé, rangé, fermé la porte, puis ouvert le tiroir une fois la fin de mandat en vue. Tout journaliste de palais a cette tentation. Albin Michel l’a aidée à mûrir.
*
Quelque part en banlieue Est, ce matin, dans un studio qu’on ne montre pas, une femme qu’on a condamnée à 8 mois de prison avec sursis pour 4 phrases sur ce couple lit la dépêche RTL et ne réagit pas. Ne réagit pas publiquement, je veux dire. Elle a ses raisons. Sa peine n’est pas finie. Son compte est suspendu jusqu’au 7 juillet. Elle attendra le 7 juillet. Et puis elle ouvrira la bouche. Et la bouche dira ce qu’il faudra que la bouche dise.
*
Une gifle qui n’a pas eu lieu officiellement. Un message qu’on n’a jamais vu. Un livre qui sort la semaine d’ouverture du Festival de Cannes. Une parenthèse qui fait tout le travail.
*
Il est 5h28 à Paris.
L’aube monte mal.
Lia Sagan.
Partager
Sociétégossip-briefGossipPolitiquescandales-affairesLittératureLe pouvoir est logistique