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# Tribune libre : Appel à la mobilisation des philosophes et sociologues
- URL: https://apar.tv/tribune-libre-appel-a-la-mobilisation-des-philosophes-et-sociologues/
- Published: 2022-01-12T14:27:34.000Z
- Updated: 2026-10-12T11:44:43.000Z
- Author: La rédaction
- Tags: Société, #Import 2026-11-05 14:49, lettre ouverte, Les Infiltrationnistes

En cette période troublée où il s’agit plus que jamais de faire société, je n’ai pas de mots, seulement des maux, pour décrire la déception immense qu’engendre l’inertie d’une majorité du corps enseignant et/ou universitaire et plus particulièrement du sous-corps des mathématiciens, garants pourtant du bon sens, de la rigueur, de la pondération ; de la logique aussi.

En d’autres temps, plus sombres encore, nous avons pourtant connu et admiré des mathématiciens engagés, combatifs (Poincaré, Grothendieck, Audin, Cartier…) qui ont su faire preuve de courage et défendre leurs convictions en dehors d’un cercle strictement confraternel. On pense notamment à l’intervention d’Henri Poincaré dans l’affaire Dreyfus à titre d’exemple.

Lavoisier avait tort finalement : tout se perd, rien ne se crée vraiment, mais tout au plus se transforme. Ou plutôt, se pervertit.

Nous avons décidément fait trop souvent et trop longtemps le choix confortable, mais pleutre, lâche, de briller par notre absence. Un silence qu’il est trop facile d’associer à de la sagesse ou de la prudence. Car c’est bel et bien l’indifférence qui nous guette.

Où étiez-vous Monsieur Villani, député de l’Essonne, médaille Fields 2010, lorsqu’il s’agissait de défendre nos droits fondamentaux en vous positionnant contre ce projet inique de passe vaccinal ? Vos concitoyens ont-ils moins de valeur à vos yeux que le destin, certes tragique, des poules en batterie ou l’avenir de la chasse à courre contre laquelle vous vous êtes fermement engagé ?

En tant qu’intellectuels, en tant que scientifiques, spécialistes des sciences dures et pourtant si humaines, on se devait de jouer un rôle majeur en dénonçant les manipulations honteuses dont nous sommes victimes depuis deux ans.

Celles, grossières, voire grotesques, des chiffres bien entendu, mais pas seulement.

Celles aussi, « rhétoriques » ou « sémantiques », à visée d’abrutissement des masses pour cause de sidération. On pense notamment au mot « pédagogie » alors que le peuple français n’est pas un peuple d’enfants ; à la confusion entre « cas » et « malades » et à la notion de « vaccin » pour qualifier une injection non immunisante (on commence d’ailleurs à amorcer prudemment une conversion : le vaccin ne serait plus un vaccin, mais plutôt un traitement pour essayer de rendre légitime son efficacité si éphémère).

Presque plus grave selon moi, nous entendons chaque jour différents ministres se relayer comme un seul homme, dont Jean-Michel Blanquer pour ne citer que lui, pour se féliciter d’avoir incité les jeunes (ou les moins jeunes) à se faire vacciner au travers de phrases « choc » : « Les élèves non vaccinés seront évincés », ou encore « Si vous aimez la liberté, vous aimez le vaccin ».

Comment ne pas penser à cette citation de Chomsky : « La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’État totalitaire. »

Car il n’a jamais s’agit d’une quelconque incitation, mais bel et bien d’une extorsion de consentement dont il est indécent de se réjouir dans un état de droit.

Autant d’impropriétés qui sèment la confusion et font le lit de l’outrance. En 2022, on fait décidément l’éloge funèbre de la nuance et de la pondération.

Puisque l’indifférence des mathématiciens tout au long de cette crise hystérique, mais qui menace de devenir historique, m’accable, je me tourne bien volontiers vers vous, les philosophes, garants de la Cité, suite notamment à la dernière intervention d’Emmanuel Macron.

Parce que vous formez (je pense à Barbara Stiegler, Harold Bernat, René Chiche, Nathan Devers, François-Xavier Bellamy et certains sociologues comme Laurent Mucchielli), un noyau dur de vigilance, mettez, si vous le pouvez, si vous le souhaitez, votre talent d’écriture, votre notoriété aussi au service d’une population moins armée que vous, notamment pour atteindre les médias conventionnels, officiels.

Démasquez par les mots, une arme à la fois légitime, légale et pourtant redoutable, au travers d’une tribune commune par exemple, ce président prétendu philosophe, adepte du « qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse » cher à Musset. Il est désormais urgent de mettre fin à cette imposture.

Nous, citoyens lambda, sommes soûlés justement, ivres jusqu’à la nausée de ces sorties permanentes d’une violence inouïe, qu’il n’est plus possible de mettre sur le compte de la maladresse, ni même d’une arrogance mal contenue dont on finit par se demander si elle ne relève pas de la psychiatrie. Quant aux soi-disant références historiques (Pompidou), elles ne sauraient tout justifier. Avec cette phrase terrible : « un irresponsable n’est plus un citoyen », E. Macron a franchi une ligne devenue écarlate à force d’être rouge.

Il s’agit de le rappeler au sens de mots qu’il comprend décidément mal.

Pour que ce terrible quinquennat n’ait pas eu lieu en vain et pour donner du sens, de la texture à ce que nous avons dû endurer, ayez cette générosité dont il est incapable et donnez-lui s’il vous plaît, le premier cours de philosophie politique et morale de sa vie. Il en a grand besoin.

J’appelle de mes vœux que ce projet d’écriture commune fasse son chemin. Ce serait une réelle chance pour nous tous que nous soyons  
« quelque chose » ou « rien » ; citoyens responsables ou pas !

Il faut sauver les « gens » et pas seulement nos élèves et étudiants de cette addiction aux phrases brutales, aux slogans, aux raccourcis, aux interjections et leur donner à lire (et donc à penser) un texte construit et argumenté pour les convaincre que l’esprit critique, menacé d’extinction, est une chance. C’est un droit et un devoir.

Pourtant, cette réaction saine, consubstantielle à la démocratie, est désormais assimilée à du complotisme.

Il faut rappeler, défendre que la démarche de réflexion, fût-elle exigeante, est indispensable pour conserver une autonomie de pensée. Que l’on ne peut pas, que l’on ne doit pas se contenter d’un : « Macron, nous aussi on t’emmerde », car c’est ce qu’il attendait bien sûr. À savoir que les gueux prennent la parole dans le seul registre de langage qu’ils comprennent ou maîtrisent : la vulgarité, la trivialité.

À vous, et nous avec vous, de lui donner une vraie leçon de vie, qui soit tout sauf anonyme, car cet enfant capricieux a son talon d’Achille : un ego démesuré.

Je ne reviens pas sur les propos de Gabriel Attal qui ont suivi ceux du chef de l’État et dont l’ignominie m’a durablement choquée ; ce jeune homme de 33 ans est terrifiant d’indécence, d’arrogance. On dit que la valeur n’attend pas le nombre des années ; la brutalité, non plus.

Enfin, qu’Emmanuel Macron ait utilisé vendredi dernier les soignants comme bouclier, comme caution finalement pour justifier ses propos inqualifiables aurait dû créer une réaction forte dans ce corps de métier agonisant et depuis si longtemps malmené, maltraité « en même temps » que constamment instrumentalisé. Je l’appelle donc lui aussi à réagir d’une seule voix, celle du serment d’Hippocrate.

On retrouve là encore les stigmates un chef d’État immature, qui se cache à l’envi derrière les jupes des commerçants ou les blouses des infirmières. Il répète souvent aux Français : « Je ne peux rien contre vos complexes. »

Et bien, il se trompe. Il peut faire quelque chose : « partir », car c’est bien de lui et de son gouvernement dont nous avons légitimement honte.

> « Sachons être suspect. C’est le signe aujourd’hui d’un esprit libre et indépendant, surtout en milieu intellectuel » disait Julien Freund.

Comme des millions de personnes, je compte donc sur vous et sur le poids des idées et des mots… Et si certains sénateurs ou députés devaient croiser la route de cette tribune, j’espère qu’elle les convaincra, au moins en partie, que nous sommes un peu plus qu’une frange capricieuse et illettrée de la population.

D’avance, merci.

Karen Brandin  
Enseignante Docteur en théorie algébrique des nombres

> « Le peuple a perdu la confiance du gouvernement. Ne serait-il pas plus simple alors de dissoudre le peuple et d’en élire un autre. » B. Brecht

ps : Je remercie chaleureusement Benoît Brandin, agrégé de philosophie, pour sa relecture attentive.