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Trois résultats pour un seul scrutin en huit heures. Et le parti qui gagne en Suède réalise son plus mauvais score depuis 98 ans
À 20h00, la gauche menait de 4,5 points. Dans la nuit, l’écart tombait à un siège. À 03h40, il remontait à trois. Les bulletins qui trancheront ne seront dépouillés que mercredi, et le vainqueur provisoire est au plus bas depuis 1928.
La rédaction5 min de lectureSociété
Trois résultats pour un seul scrutin en huit heures. Et le parti qui gagne en Suède réalise son plus mauvais score depuis 98 ans
Dimanche 13 septembre, 20h00. Les bureaux ferment. La sortie des urnes de SVT crédite le bloc de gauche de 51,3 % des voix, contre 46,8 % pour la droite sortante et les Démocrates de Suède. Écart annoncé : 4,5 points.
Dans la nuit. Le dépouillement réel corrige. La projection de SVT donne 175 sièges à l’opposition contre 174 au bloc sortant, avec une probabilité de 90 % que cette répartition soit la bonne. Écart : un siège.
Lundi 14 septembre, 03h40. 94 % des bureaux sont dépouillés. L’opposition obtient 176 sièges, les quatre partis de l’accord de Tidö en obtiennent 173. Écart : trois sièges.
Mercredi ou jeudi. Les votes par anticipation tardifs et les bulletins de l’étranger seront comptés. Plus de 3,6 millions de Suédois ont voté par anticipation cette année, un record. Tant qu’ils ne sont pas ouverts, la majorité du Riksdag n’est pas établie.
Le détail des sièges, tel qu’il se présente à cette heure : 100 pour les sociaux démocrates, 29 pour le Parti de gauche, 25 pour le Parti du centre et 22 pour les Écologistes, soit 176. En face, 70 pour les Modérés d’Ulf Kristersson, 62 pour les Démocrates de Suède, 22 pour les Chrétiens démocrates et 19 pour les Libéraux, soit 173. Les Libéraux, dont le maintien au dessus du seuil de 4 % constituait la principale inconnue de la campagne, sont crédités de 5,4 %.
Voici maintenant le chiffre que les titres consultés ce matin ne mettent pas en avant. Les sociaux démocrates redeviennent le premier parti du pays avec environ 28,1 % des voix. C’est 2,3 points de moins qu’en 2022. Si ce résultat se confirme, c’est leur plus faible score à une élection législative depuis 1928. Quatre vingt dix huit ans.
Le symétrique est vrai. Les Démocrates de Suède reculent d’environ 3 points, à 17,6 % contre 20,54 % en 2022. C’est le premier recul du parti à une législative depuis 2010, et c’est l’angle retenu par la plupart des rédactions francophones. Il est exact. Il laisse aussi le parti deuxième force du pays avec 62 sièges, devant les Modérés en pourcentage et derrière eux en sièges. Un parti peut reculer et rester au centre du système : ce sont deux mesures différentes, et elles ne racontent pas la même chose.
La suite ne dépend pas seulement de l’arithmétique. La Suède pratique le parlementarisme négatif : un chef de gouvernement n’a pas besoin qu’une majorité vote pour lui, il doit seulement éviter qu’une majorité vote contre. Un bloc d’opposition qui va du Parti de gauche au Parti du centre peut donc arriver en tête sans produire une coalition. Magdalena Andersson a déclaré devant ses militants que si le résultat tenait, la Suède aurait un nouveau gouvernement. Ulf Kristersson, lui, n’a pas conclé.
Cette phrase renvoie à la dernière semaine de campagne. Début septembre, le magazine suédois Expo a rapporté qu’une employée des Démocrates de Suède, dont nous ne reprenons pas le nom, aurait relayé pendant dix ans des contenus de désinformation prorusses, et que son compagnon, Gustav Gellerbrant, dirige le bureau de coordination du parti au sein du gouvernement. Le Premier ministre a indiqué que ce dernier serait limogé si les allégations étaient fondées. En août, les services de sécurité suédois avaient annoncé avoir déjoué une opération de renseignement russe visant, selon eux, à saper la prise de décision en Suède. Nous avons déjà décrit ce mécanisme : l’ingérence contemporaine ne fabrique pas un résultat, elle occupe un calendrier, et le démenti fonctionne comme une seconde campagne.
Un mot sur ce que ce scrutin dit du reste du continent, puisque c’est à cela qu’il sera réduit toute la semaine. La Suède est le pays où la France a signé 4,3 milliards d’euros de frégates le 31 août, et l’un des huit pays réunis à Rovaniemi ce week end pour un sommet européen sur l’Arctique, une région où Bruxelles vient de mettre 200 millions d’euros. Les priorités déclarées des électeurs suédois, elles, étaient la santé à 64 %, l’éducation à 48 %, l’ordre public à 47 % et le climat à 38 %.
La Suède a déjà vécu cela. En 1979, ce sont les bulletins dits du mercredi, les onsdagsrösterna, qui ont déterminé la majorité parlementaire. Le nouveau Riksdag se réunit plus tard en septembre. Avant cette date, l’élection d’un président de chambre et l’examen des candidatures à la fonction de Premier ministre n’ont pas commencé.
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