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# Romain Monnery : petit frère de John Kennedy Toole ?
- URL: https://apar.tv/romain-monnery-petit-frere-de-john-kennedy-toole/
- Published: 2014-03-09T00:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T12:24:49.000Z
- Author: La rédaction
- Tags: Art, Littérature, #Import 2026-11-05 16:04, NOT-FICTION

Toutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ? Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassé. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

![romain-monnery-le-saut-du-requin](https://apar.tv/content/images/wp-content/uploads/2020/05/romain-monnery-le-saut-du-requin.jpg)

**Prologue**  
Internet n’avait rien arrangé. L’amour – si tant  
est que ce truc ait un jour existé – était devenu  
un jeu de hasard dont on avait perdu le mode  
d’emploi. Sans foi. Ni loi. On y jouait en ligne,  
à tâtons, à plusieurs, sans réfléchir, vaille que  
vaille, pour un résultat chaque jour un peu plus  
incertain.  
Auraient-ils été plus heureux s’ils avaient su s’y  
prendre ? Pas sûr. Peut-être. Qui sait. Au moins  
se seraient-ils vus plus souvent, avec projets et  
vacances à la clé.  
Au bout d’un an, sans doute auraient-ils fait  
le tour du monde, se seraient dit je t’aime : avec  
les mains, du bout des lèvres, en dothraki. Ils se  
seraient suivis sur Twitter, auraient été amis sur  
Facebook, se seraient dit « I like », « #FF », avec  
ou sans commentaires, auraient échangé des liens,  
des poke, des gifs, des charmes ; peut-être même se  
seraient-ils permis les smileys en ps.  
Il ne se serait pas détagué des photos de crainte  
que son nom soit associé au sien. Elle aurait connu  
ses parents, lui aurait parlé de son enfance, ses  
traumas, ses envies. Ils se seraient présenté leurs  
amis, auraient fait des soirées – chez les uns, chez  
les autres ; auraient osé ces platitudes dont certains  
font des chansons comme « Besoin de rien, envie  
de toi », « Donne-moi ton corps baby » ou « Pense  
à moi ».  
Leur bonheur n’aurait tenu à rien : un sourire, un  
post-it, un parfum ; peut-être même aurait-il tenu  
sur un plateau-repas. La date de leurs anniversaires  
et leurs couleurs préférées auraient relevé de l’évi-  
dence – non de la question subsidiaire.  
Ils ne se seraient pas regardés par défaut, encore  
moins de travers. Ils auraient eu un compte en  
commun, un statut, une salle de bains ; pourquoi  
pas des enfants, tiens. Ils auraient regardé dans la  
même direction sans que lui soit tenté de laisser  
traîner son regard, si ce n’est plus, sur les fesses  
des filles alentour. Il n’aurait pas essayé de lui faire  
avaler des couleuvres, elle n’aurait pas eu de scène à  
lui faire. Ils auraient mangé face à face, dormi côte  
à côte, vécu sous le même toit ; ils n’auraient plus  
été contraints de s’envoyer des textos dans la nuit  
pour demander « Tu fais quoi ? »  
Ils auraient eu ce qu’il convient d’appeler une vie  
de couple. Reconnue d’utilité publique. Avec ses hauts,  
ses bas, sans le besoin d’aller voir ailleurs  
pour se prouver quoi que ce soit.  
Ils auraient été ensemble.  
(C’est tout.)  

*Romain Monnery // Le Saut du Requin // Editions Au Diable Vauvert.*