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# Mort de Grossouvre, les accusations d’assassinat jugées diffamatoires en 1997
- URL: https://apar.tv/mort-grossouvre-accusations-assassinat-jugees-diffamatoires-1997/
- Published: 2026-08-06T00:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T11:09:39.000Z
- Description: Cinquante mille francs pour la mise en cause d’une mort. Ce qui est passé devant un tribunal, en mai 1997, c’est la parole sur la mort de François de Grossouvre. Pas la mort.
- Author: La rédaction
- Tags: Société, François de Grossouvre, #Import 2026-11-05 14:44, Elysee, François Mitterrand, Paul Barril, Gilles Ménage, diffamation, 1994, Ve République, archives, L’Archive, #visuel-genere

CARNET · ARCHIVES

Nova Sagan · 6 aout 2026 · z/S

François de Grossouvre, 76 ans, est mort le 7 avril 1994 dans son bureau du premier étage de l’Élysée, aile Ouest. Trois ans plus tard, en mai 1997, le tribunal de Paris condamnait le capitaine Paul Barril pour diffamation envers Gilles Ménage, dont 50 000 F au titre des seules accusations portant sur ce suicide. Le soupçon a eu un dossier judiciaire. La mort, non.

Le 7 avril 1994, vers 19h30, une détonation traverse l’aile Ouest du palais de l’Élysée. Deux hommes l’entendent, et ce sont deux hommes qui savent reconnaître ce bruit : Patrice Jaran, son chauffeur, et Daniel Cerdan, son garde du corps issu du GIGN. Le corps est découvert vers 19h50, dans le bureau du premier étage. François de Grossouvre a 76 ans, il est né le 29 mars 1918, et il préside encore ce soir-là le Comité des chasses présidentielles, fonction qu’il aura conservée jusqu’au bout.

L’arme est un revolver Manurhin MR-73, calibre .357 Magnum, retrouvé dans sa main. Le tir est sous le menton, de bas en haut. La mort a été officiellement qualifiée de suicide, sans qu’une expertise balistique ait été ordonnée, selon la fiche encyclopédique consacrée à Grossouvre, seule source consultable ici sur ce point précis. Les obsèques ont lieu trois jours plus tard, le 10 avril 1994, en l’église Saint-Pierre de Moulins, dans l’Allier. François Mitterrand est présent. L’ancien président libanais Amine Gemayel aussi. Un enterrement qui réunit un chef d’État français et un ancien chef d’État libanais n’est pas l’enterrement d’un chargé de mission ordinaire.

## Progressivement écarté à partir de 1985

La relation commence en 1959, pendant un voyage en Chine effectué ensemble. Grossouvre finance les campagnes de Mitterrand en 1965, en 1974, en 1981\. Il est le parrain de Mazarine Pingeot en 1974\. En juin 1981, il devient chargé de mission auprès du président, sur la sécurité et sur une liste de dossiers qui se lit comme une carte : Liban, Syrie, Tunisie, Maroc, Gabon, Golfe, Pakistan, Corées. Le 12 juin 1985, il quitte ces fonctions. Neuf ans avant sa mort.

Ce qu’il conserve ensuite raconte mieux la situation que ce qu’il perd. Un bureau à l’Élysée. Un appartement quai Branly. Une secrétaire, des gardes du corps du GIGN, la présidence des chasses présidentielles jusqu’à sa mort. Le décor reste en place, le rôle a disparu du scénario. Ce n’est pas une éviction du début des années 1990, contrairement à ce que répète le résumé courant de ce dossier, c’est un délitement étalé sur une décennie. Personne ne coupe la scène. On cesse simplement de l’écrire.

La veille de sa mort, le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana est abattu. Grossouvre était un intermédiaire connu sur ce dossier. Les deux faits se suivent à vingt-quatre heures d’intervalle. Cette proximité de calendrier est un fait vérifié. Ce qu’elle voudrait dire n’en est pas un, et rien dans les sources ouvertes pour cette vérification ne permet d’aller au-delà du constat de succession.

## La contestation a des auteurs, des livres et des dates

La thèse du suicide n’a jamais dormi tranquille, et c’est précisément ce que le récit paresseux de cette affaire oublie de dire. Elle a été contestée publiquement, frontalement, et par des noms. Le capitaine Paul Barril, dans Guerres secrètes à l’Élysée, publié chez Albin Michel en 1996\. Le journaliste Jean Montaldo. Éric Reynaud. Une partie de la famille de Grossouvre. En regard, la journaliste du Monde Raphaëlle Bacqué a publié Le Dernier Mort de Mitterrand chez Bernard Grasset, ouvrage qui défend la thèse du suicide après l’interrogation d’une cinquantaine de témoins, et dont la famille de Grossouvre conteste les conclusions. Deux bibliographies qui ne se croisent nulle part. Il n’existe pas de film Zapruder du bureau du premier étage.

> diffamation envers une personne dépositaire de l’autorité publique
> 
> Qualification pénale retenue contre le capitaine Paul Barril par le tribunal de Paris en mai 1997, la personne visée étant Gilles Ménage, telle que rapportée par la notice Wikipédia FR consacrée à Paul Barril. À confronter au texte du jugement avant reprise.

## Mai 1997, le seul verdict du dossier porte sur des mots

En mai 1997, le tribunal de Paris condamne Paul Barril pour diffamation envers une personne dépositaire de l’autorité publique, en l’espèce Gilles Ménage. Le montant : 70 000 F d’amende, dont 50 000 F au titre des seules accusations portant sur le suicide de Grossouvre. Plus 200 000 F de dommages-intérêts. Plus la publication d’un communiqué judiciaire aux frais du condamné. Le détail qui compte est celui-ci : la juridiction a chiffré à part ce que valaient ces accusations-là. Cinquante mille francs pour la mise en cause d’une mort. Ce chiffre est rapporté par la fiche encyclopédique consacrée à Paul Barril, et il demande à être confronté au texte du jugement avant toute reprise.

Pièce à conviction · ce que disent les dates

- 7 avril 1994, vers 19h30 · détonation entendue dans l’aile Ouest de l’Élysée par le chauffeur Patrice Jaran et le garde du corps GIGN Daniel Cerdan, corps découvert vers 19h50 dans le bureau du premier étage (notice Wikipédia FR, François de Grossouvre).
- Arme · revolver Manurhin MR-73, calibre .357 Magnum, retrouvé dans la main, tir sous le menton de bas en haut (même source).
- 12 juin 1985 · fin des fonctions de chargé de mission auprès du président, entamées en juin 1981 ; conservation du bureau à l’Élysée, de l’appartement quai Branly, des gardes du corps GIGN et de la présidence des chasses présidentielles (même source).
- 1996 · Paul Barril conteste publiquement la thèse du suicide dans Guerres secrètes à l’Élysée, Albin Michel ; contestations également documentées de Jean Montaldo et Éric Reynaud (notices Wikipédia FR, François de Grossouvre et Paul Barril).
- Mai 1997 · tribunal de Paris, 70 000 F d’amende dont 50 000 F au titre des seules accusations portant sur le suicide de Grossouvre, 200 000 F de dommages-intérêts envers Gilles Ménage, publication d’un communiqué judiciaire aux frais du condamné (notice Wikipédia FR, Paul Barril, à confronter au jugement avant publication).

Ce que ce jugement établit doit être énoncé exactement, sans un mot de plus. Il ne dit pas comment François de Grossouvre est mort. Il ne rouvre rien et il ne ferme rien sur la cause du décès. Il juge des propos, leur qualification pénale et leur coût pour celui qu’ils visaient. Aucune information judiciaire pour homicide, aucun non-lieu, aucun classement sans suite n’a pu être documenté dans cette vérification, et le dossier judiciaire relatif à la mort elle-même n’a jamais été rendu public. Ce qui est passé devant un tribunal, c’est la parole sur la mort. Pas la mort. C’est la singularité de cette affaire, et elle est administrative avant d’être romanesque. D’autres morts d’État ont eu leurs livres. D’autres ont eu leurs commissions et leurs rapports. Celle-ci a eu une audience correctionnelle, et cette audience n’a pas statué sur un corps, elle a statué sur ceux qui parlaient de ce corps.

Restent les éléments que cette vérification n’a pas pu confirmer et qu’il faut donc laisser dehors. Le détail des constatations médicales, la chronologie précise des heures qui précèdent, l’origine de l’arme, les avertissements qu’aurait reçus la famille : tout cela circule, tout cela provient de récits de témoins repris par une source unique, et rien de tout cela n’a valeur de fait établi tant qu’une source primaire n’a pas été ouverte. On peut citer qui l’affirme. On ne peut pas l’affirmer. Trente-deux ans après le 7 avril 1994, le seul document qui tranche quelque chose dans ce dossier porte une date, une chambre et une somme en francs. Le reste est bibliographie. Le bureau du premier étage, lui, a changé d’occupant plusieurs fois depuis.

Archives · 7 avril 1994, le bureau du premier étage

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Reste une question de méthode que nos archives posent depuis le début : ce que le palais garde, ce qu’il rend public, et qui décide de la différence.