> ## Content Index
> Fetch the complete content index at: https://apar.tv/llms.txt
> Use this file to discover other available public pages before exploring further.

# Le sculpteur de Maurizio Cattelan veut retourner tout le système criminel de l’art contemporain
- URL: https://apar.tv/le-sculpteur-de-maurizio-cattelan-veut-retourner-tout-le-systeme-criminel-de-lart-contemporain/
- Published: 2022-05-01T10:25:18.000Z
- Updated: 2026-04-30T16:24:49.000Z
- Author: La rédaction
- Tags: Art, art conceptuel, #Import 2026-11-05 14:48

**Longtemps, le talentueux Daniel Druet réalisa les statues de cire des créations de Maurizio Cattelan. Aujourd’hui, le Français de 80 ans se revendique auteur exclusif des neuf effigies qu’il a fabriquées pour l’Italien. L’affaire sera portée devant les tribunaux, le 13 mai, autour d’une question aussi ancienne que l’art lui-même : qui fait l’œuvre ?**

Dans un atelier de la Seine-Saint-Denis, à Saint-Ouen, une sculpture représente Maurizio  
Cattelan en coucou. La tête de l’artiste contemporain italien est affligée d’un long bec, et son  
corps est enfermé dans une coquille d’œuf, posée sur un nid de branches et de pinceaux  
entrelacés. « Des outils dont il ne sait pas se servir », grince Daniel Druet, maître des lieux et  
auteur de l’œuvre.

Conçue dans un élan de rage, cette sculpture en résine qui prend la poussière dans son  
sous-sol résume son combat depuis quatre ans. Seul contre « tous les artistes qui se servent du  
travail des autres pour se faire valoir », dit-il, contre Maurizio Cattelan en particulier.  
À partir de la fin des années 1990, l’artiste italien a demandé à Daniel Druet, longtemps  
sculpteur du Musée Grévin, de produire une dizaine de personnages hyperréalistes en cire.  
« Il envoyait un fax de dix lignes ou bien ses collaborateurs italiens, qui parlaient à peine  
français, me donnaient quelques instructions, raconte Daniel Druet. Tout ça était assez vague,  
et c’était à moi de me débrouiller. »

En moins de dix ans, il a modelé plusieurs fois Cattelan lui-même. Dans une sculpture, l’artiste italien connu pour ses œuvres provocatrices est pendu par le col à un portemanteau ; dans une autre, il jaillit du sol, telle une taupe dressant la tête hors de terre.

![ Gilles Sabrie pour M Le magazine du Monde/Adagp, Paris, 2022 ](https://apar.tv/content/images/wp-content/uploads/2022/05/768d554_188717-3270408.jpg)

Gilles Sabrie pour M Le magazine du Monde/Adagp, Paris, 2022

**Une collaboration imprécise**

C’est à Saint-Ouen que sont nées toutes ces créations, de même que Stephanie (2003), également connue sous le titre Trophy Wife, qui représente le buste, seins nus, de la mannequin Stephanie Seymour, ou Maintenant (Now, 2004), qui montre John F. Kennedy dans son cercueil, alors qu’aucune photographie de la dépouille du président n’avait été autorisée.

C’est là aussi qu’ont été réalisés deux personnages devenus majeurs dans l’œuvre de Maurizio Cattelan : le pape frappé par une météorite (La Nona Ora, 1999) et le fameux Hitler en enfant pénitent (Him, 2001), qui ont fait s’envoler la cote de Cattelan et assis sa célébrité mondiale. Des œuvres au parfum de scandale dont l’aboutissement sera la vente, pour 120 000 dollars, de Comedian, une (vraie) banane scotchée au mur d’un stand de la foire Art Basel Miami en 2019.

Pendant la décennie 2000, le sort du sculpteur de Saint-Ouen, deux fois grand prix de  
Rome (en 1967 et en 1968) mais inconnu dans le monde de l’art contemporain, ne s’est pas  
amélioré. Dans sa blouse de sculpteur en lin élimée, identique à celle que portait Rodin il y a  
plus de cent ans, il raconte une collaboration imprécise, avance des commandes passées par  
courriel ou par téléphone.

À l’époque, personne ne songe à signer de contrats d’auteur, pas même Druet, rémunéré en  
honoraires comme il l’était au Musée Grévin. Il affirme avoir réclamé plusieurs fois, et depuis  
le début, que son nom soit cité dans la presse et dans les expositions. Ce fut rarement le cas.  
« J’avais demandé à être sinon associé, du moins cité, c’était la seule façon de laisser ma  
trace », explique-t-il aujourd’hui. Relégué à ce qu’il juge être un « humiliant rôle de  
façonnier », il sent monter un désir de revanche. Dans sa tête commence à tourner une phrase  
obsédante : « Une idée qui n’est pas réalisée ne vaut rien, sans moi, Cattelan ne peut rien… »  
En 2016, la Monnaie de Paris présente l’irrévérencieux artiste dans sa première  
rétrospective en France, « Not Afraid of Love », cinq ans après celle que lui a consacrée le  
Guggenheim de New York. Pas plus qu’en Amérique, Druet n’a été invité au vernissage  
parisien. Parmi les pièces, quatre, dont le pape et Hitler, sont sorties de son atelier, et elles  
portent toutes sa signature, nichées dans le cou des personnages. Un détail qui n’a jamais  
dérangé ni Maurizio Cattelan ni le Français Emmanuel Perrotin, son principal galeriste.  
La Monnaie de Paris n’a pas lésiné et a fait les choses dans les règles de l’art chères à Cattelan, jusqu’à percer le plancher Versailles pour permettre au petit Maurizio de sortir de son trou (Sans titre, 2001). Mais nulle part n’apparaît le nom de Druet. Pour le sculpteur, c’est l’épisode de trop. Dans son atelier, il se met à modeler son coucou Cattelan, s’inspirant de l’oiseau qui vole le nid des autres. La première étape de sa revanche.

![](https://apar.tv/content/images/wp-content/uploads/2022/05/8b87fce_188725-3270408.jpg)

St Ouen, le 8 avril 2022 Dans l’atelier de Daniel Druet, l’exemplaire d’une statue intitulée Him, commanditée par Maurizio Cattelan à Daniel Druet et représentant un garçon au visage d’Hitler agenouillé. Gilles Sabrie pour M

**Une paternité diluée**

En septembre 2018, la galerie France A. de Forceville, dans le 7 e arrondissement parisien,  
expose le Coucou de Druet. « J’avais intitulé l’affiche “Hommage à Maurizio Cattelan” et  
tapissé ma galerie de noir et d’or, comme un bijou, c’était très amusant, se souvient France  
de Forceville, amie de Druet. Mais j’ai reçu des coups de téléphone anonymes, puis la visite  
de trois malabars en noir, qui ont menacé de tout casser… Je suis allée au commissariat de  
police. » Sa plainte ayant été classée sans suite, elle n’a jamais su qui voulait l’intimider.  
Cette année-là, Daniel Druet perd tout humour. Il assigne la galerie Perrotin et la Monnaie  
de Paris devant le tribunal de grande instance de Paris. À 80 ans, il réclame d’être reconnu  
comme « l’auteur exclusif des neuf œuvres sculpturales » qu’il a réalisées pour Cattelan et  
demande près de 5 millions d’euros aux deux parties, « pour avoir porté atteinte au droit, au  
nom et à \[sa\] qualité d’auteur ».

Maurizio Cattelan, pourtant sujet de son obsession, n’est pas assigné. « Il habite en Italie  
ou à New York, sans adresse véritable. On ne savait pas où le trouver, indique Daniel Druet.  
Il aurait été trop compliqué de le faire rechercher par la justice française. » Par des détours  
de procédure, l’artiste italien a finalement été lui aussi assigné dans l’affaire. Le dossier,  
longuement instruit, doit être plaidé le 13 mai devant la 3 e chambre du tribunal judiciaire de  
Paris, spécialisée dans la propriété intellectuelle.

Les juges vont donc devoir trancher un débat aussi ancien que l’art lui-même. Qui fait  
l’œuvre ? Celui qui l’imagine ou celui qui la réalise ? Celui qui dirige les opérations ou celui  
qui met la main à la pâte ? Michel-Ange n’a pas peint le plafond de la chapelle Sixtine tout  
seul, et nombre de peintres ou sculpteurs ont fait trimer des assistants dans leurs ateliers.  
Quant à Marcel Duchamp, qui, en 1914, érige en œuvre d’art un porte-bouteilles acheté au  
BHV qu’il se contente de signer, inventant le principe du ready-made (« déjà fait »), il  
brouille définitivement l’image du peintre devant son chevalet ou de l’artiste régnant en  
maestro sur un atelier de disciples.

Un siècle plus tard, pour un Georg Baselitz œuvrant en solitaire dans son château en  
Allemagne, combien de stars de l’art contemporain ont des armées d’assistants et de sous-  
traitants ? Aujourd’hui, ils sont des chefs d’orchestre davantage que des solistes dont on  
célèbre le geste. Et la qualité d’une œuvre ne relève plus seulement de la virtuosité de son  
exécution.

L’affaire de Daniel Druet est donc scrutée de très près par le milieu. Elle pourrait rester  
dans les annales de l’histoire de l’art, au même titre que toutes les fois où la justice s’est  
mêlée de questions esthétiques. Comme en 1927, pour L’Oiseau dans l’espace, de Brancusi.  
L’œuvre en bronze poli avait été saisie à la douane américaine. L’art passait librement les  
frontières, mais les objets manufacturés étaient taxés. Devant la statue, trop abstraite à son  
goût, un douanier avait refusé de la catégoriser en œuvre d’art. S’était ensuivi un procès, où  
les juges avaient dû trancher une question compliquée : « Selon quels critères un objet devient  
une œuvre d’art ? », Brancusi avait gagné.

**Enjeux philosophiques et financiers**

La plainte de Daniel Druet aura-t-elle le même impact en France ? Étranger au dossier,  
l’avocat d’artistes Alexis Fournol attend le jugement avec intérêt : « À ma connaissance, c’est  
la première fois qu’une affaire comme celle-ci va jusqu’au procès. Elle va peut-être redéfinir  
la problématique de la propriété intellectuelle. La place de l’artisan est essentielle dans la  
création contemporaine. Mais qui est l’artiste et qui est l’artisan ? » La décision, si elle fait  
jurisprudence, pourrait changer bien des pratiques et bousculer des enjeux financiers  
« énormes », dit-il.

Le galeriste Emmanuel Perrotin, qui travaille avec les artistes parmi les plus lucratifs du  
monde et qui dispose d’espaces à Paris, Tokyo, Séoul ou encore New York, imagine des  
armées d’artisans se retourner contre les créateurs, les galeries et les musées. « Druet restera  
dans l’histoire de l’art, annonce-t-il d’un ton dramatique, les larmes aux yeux. S’il perd, la  
jurisprudence qu’on attend depuis longtemps protégera enfin les artistes contre les abus de  
pouvoir potentiels de fabricants que nous ne connaissons même pas. S’il gagne, tous les  
artistes seront attaqués, et ce sera la fin de l’art contemporain en France. »

Le critique et commissaire d’exposition Jean de Loisy, ancien président du Palais de  
Tokyo et ex-directeur des Beaux-Arts de Paris, cite en exemple László Moholy-Nagy,  
plasticien hongrois d’avant-garde dans les années 1930, « le premier artiste qui a sculpté ses  
œuvres par téléphone » et à qui personne n’a jamais demandé de comptes. L’affaire Druet vs  
Cattelan l’intrigue. « Mérite académique contre génie de la conception, on a affaire à deux  
virtuoses appartenant à deux univers différents, c’est passionnant, estime-t-il. Toute la  
difficulté pour Druet sera de prouver qu’il a imprimé sa personnalité sur la réalisation. »  
Pour avoir exposé le petit Führer, Loisy témoigne que Maurizio Cattelan, sous son  
apparente fantaisie, ne laisse rien au hasard : « Tout est calculé chez lui, l’éclairage, la  
distance de l’œuvre par rapport au mur, il est très précis dans ses demandes. » Le conflit  
aurait pu se régler à l’amiable. Mais Daniel Druet, du genre têtu, attend son heure judiciaire :  
« À mon âge, je n’ai rien à prouver, rien à perdre, et ce procès va démolir un mythe : l’artiste  
qui ne touche jamais à ses œuvres et que tout le monde acclame, c’est fini. »\`

L’affaire, gardée au secret par la plupart des protagonistes depuis quatre ans, passionne les  
avocats des parties, qui affûtent leurs futures plaidoiries. « Depuis le début du XXe siècle, l’art  
n’est plus esthétique mais conceptuel, avance Pierre-Olivier Sur, ancien bâtonnier de Paris et  
avocat de la galerie Perrotin, dans un effet de manches imaginaire. C’est l’exposition qui fait  
l’œuvre. »

Ce fondu d’art contemporain y touche lui-même – « modestement » –, en témoigne la  
phrase fluo bleu accrochée dans son bureau : « Prévenez le bâtonnier de Paris ». Le néoniste  
de Claude Levêque l’a fabriqué pour lui, il a oublié son nom. « Preuve », dit-il, qu’un  
« simple façonnier » ne laisse pas de trace artistique. Tandis qu’une idée perdure.

L’avocat évoque son émotion lorsqu’il a découvert le petit Hitler à genoux, seul et de dos  
dans le coin d’une immense salle du Palazzo Grassi, à Venise, il y a une dizaine d’années.  
« J’ai d’abord eu de la peine pour cet enfant en prière ou puni. En m’approchant avec l’envie  
de le consoler, j’ai découvert son visage… C’est donc pour Hitler que j’avais éprouvé de la  
compassion ! Cette émotion paradoxale, c’est très exactement le but de l’art. Tout Grand Prix  
de Rome soit-il, ce n’est pas Daniel Druet qui m’a ému, mais Maurizio Cattelan, qui a conçu  
l’œuvre, et Emmanuel Perrotin, qui a permis cette installation. »

Selon lui, le « façonnier Druet », payé pour son travail comme artisan, ne peut revendiquer  
aucune paternité sur les œuvres de l’artiste italien. Sur la même ligne que son confrère, avec  
qui il fait équipe, M e Éric Andrieu, le défenseur de Maurizio Cattelan, est catégorique : « Tout  
le monde se fout de savoir qui a créé l’urinoir de Marcel Duchamp ! C’est pareil pour celui  
qui a façonné le petit Hitler. Sans Maurizio, ces œuvres n’existent pas, alors que, sans Druet,  
elles existent et sont les mêmes. »

**Des origines opposées**

Emmanuel Perrotin raconte l’épopée du pape Jean Paul II. Présentée à la foire de Bâle  
en 2001, la sculpture de cire était devenue méconnaissable une fois passée entre les mains de  
Maurizio Cattelan. Cassé en deux par l’artiste (ou ses assistants), le pape gît à terre sur un  
immense tapis rouge, fracassé par un énorme bloc de lave. Autour, des éclats de la verrière de  
la salle, brisée pour l’occasion. « Druet a été payé pour son travail la somme qu’il demandait  
– il a reçu 33 000 euros en moyenne pour chaque œuvre – et n’a pas accepté de réduire ce  
montant pour nous aider. Maurizio et moi avons pris un risque financier énorme. Il a fallu  
aller chercher la pierre sur le Vésuve, payer cinquante mètres carrés de moquette et les frais  
de réparation de la verrière… »

Les points de vue d’Emmanuel Perrotin et de Daniel Druet sont aussi opposés que les  
mondes dans lesquels ils évoluent. Né à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, issu de la classe  
moyenne, le premier est un autodidacte qui ne doit sa réussite à personne et a débuté en  
dormant dans sa première galerie du Marais. À 20 ans et des poussières, il a rencontré  
Maurizio Cattelan, garçon des rues de Padoue. De huit ans son aîné, ce dernier avait fait tous  
les métiers avant de devenir artiste. Dans les années 1990, les deux hommes ont décidé de  
réussir dans l’art contemporain, et ils ont atteint ses sommets.

À la fin des années 2000, les œuvres de Cattelan, surtout celles modelées par Druet, se sont  
envolées sur le second marché (celui des reventes d’œuvres d’art) : en 2010, la version de  
l’effigie du jeune Cattelan qui, neuf ans plus tôt, sortait du plancher du Musée Boijmans Van  
Beuningen, à Rotterdam, a été adjugée 7,9 millions de dollars chez Sotheby’s ; six ans plus  
tard, le petit Hitler à genoux s’est vendu 17 millions de dollars chez Christie’s.  
Daniel Druet, lui, vient du monde d’hier. Chez lui, la tradition académique se transmet de  
père en fils, on se forme aux Beaux-Arts et on mange avec des couverts en argent, même s’il  
n’y a que des pommes de terre dans l’assiette. Dans son appartement, au-dessus de son atelier  
de Saint-Ouen, les tableaux signés Druet père sont de belle facture. Jacquot, un perroquet en  
liberté, veille sur le coucou Cattelan et toute une armée de fantômes immobiles : Picasso, de  
Gaulle, Toulouse-Lautrec, Charlie Chaplin, le pape Jean Paul II droit dans sa soutane…  
Tous ont été fabriqués pour le Musée Grévin, qui a commandé plus de 200 statues de cire à  
Druet à partir de 1973\. Le sculpteur reconstituait les morts et observait les vivants. Philippe  
Noiret, Jack Lang, Coluche, Paul Bocuse, monseigneur Etchegaray ou Michel Drucker ont  
posé pour lui. Il y a pris du plaisir, au-delà de l’aspect alimentaire du travail. « J’ai côtoyé un  
monde fou, même le pape, qui m’a reçu au Vatican pour sa sculpture à Grévin. »  
Serge Gainsbourg chantait pendant les séances, Raymond Devos lui a commandé plusieurs  
bronzes à titre personnel. « Druet est un génie qui fait infuser l’esprit dans la matière », a  
déclaré l’humoriste dans L’Ausculpteur, un documentaire (2009) de François Montagut  
consacré à Daniel Druet.

**Percer le masque du président**

En 1982, François Mitterrand l’a appelé pour réaliser son buste. Une dizaine de séances  
ont eu lieu à l’Élysée, pendant lesquelles le chef de l’État lisait la presse, épluchait son  
courrier, caressait Baltique, son labrador. Druet a réussi à percer le masque, qu’on disait de  
cire, du président socialiste, comme en témoignent ses notes de l’époque : « Le président  
arrive généralement en retard. Il choisit le moment de son entrée en scène… Son  
comportement varie d’une séance à l’autre, de la petite tape amicale sur l’épaule à l’attitude  
la plus glaciale. Un comportement de nature à dérouter celui qui cherche à atteindre la vérité  
d’un sujet qui se défend, se protège… » François Mitterrand n’a pas été satisfait du résultat.  
Son buste en bronze est resté dans un coin, avant d’être racheté par le département de la  
Nièvre, où il se trouve toujours.

Toute sa vie, Daniel Druet, père de trois enfants, a perpétué l’art de la sculpture tel qu’il l’a  
étudié pendant sept ans aux Beaux-Arts de Paris à la fin des années 1950\. « Tout tient au  
regard, c’est là que se situe l’émotion, argumente-t-il. C’est pour ça que Cattelan et Perrotin  
ont fait appel à moi. Nous ne sommes plus très nombreux à maîtriser cet art. »

En 1999, lassé par la routine, le sculpteur arrête définitivement sa collaboration avec le  
musée de cire, espérant approfondir sa carrière personnelle. Mais il se rend compte que la  
virtuosité n’est plus d’actualité sur le marché de l’art. Quand Cattelan et Perrotin frappent à sa  
porte, il sent un souffle d’air frais entrer dans son atelier. « Deux énergumènes sympathiques  
et bordéliques, dont je n’avais jamais entendu parler, voulaient empailler le pape… », se  
souvient-il.

L’artiste et son complice avaient repéré au Musée Grévin son Jean Paul II plus vrai que  
nature, non signé, comme tous les sujets du musée de cire. Bien que personne n’ait voulu leur  
révéler l’identité de l’auteur, ils ont réussi à remonter jusqu’à Druet, pour lui commander  
l’exacte réplique du souverain pontife. Même aube blanche, même calotte, même bâton de  
pèlerin.

Druet s’exécute et présente une note d’honoraires de 17 000 euros. « C’était cher, mais  
chacun était dans son rôle, tout nous paraissait clair », se souvient Emmanuel Perrotin.  
« Mais ils n’ont pas parlé de contrat », précise aujourd’hui M e Jean-Baptiste Bourgeois, qui  
défend Daniel Druet. Détail qui a son importance dans la procédure. « Si tout avait été écrit  
noir sur blanc, il n’y aurait pas de procès », explique l’avocat. « On faisait confiance, on était  
naïfs », se justifie Emmanuel Perrotin.

**L’art en dérision**

Maurizio Cattelan a construit sa réputation à coups de provocations, tournant le monde de  
l’art en dérision, déguisant pendant un mois son galeriste parisien en lapin phallique rose  
(Errotin le vrai lapin, 1995) ou encore en scotchant son galeriste milanais, Massimo de Carlo,  
sur un mur (A Perfect Day, 1999).

L’artiste clame à longueur d’interviews ne pas savoir tenir un pinceau et encore moins un  
ciseau de sculpteur. Quand on lui demande comment il s’y prend pour réaliser ses œuvres si  
réalistes, il s’en sort par une pirouette : « Un atelier ? Des gens sous mes ordres ? Mais vous  
êtes folle ! répond-il à une journaliste de Paris Match en août 2016\. C’est so old fashion…  
J’appelle une compagnie et ils exécutent. »

Le pape frappé par une météorite va lui apporter une notoriété internationale. Racheté par  
François Pinault après la foire de Bâle, il a enrichi les collectionneurs au fil des enchères et  
fait monter en flèche la cote de l’artiste et les affaires de son galeriste. Le nom de Druet n’est  
jamais cité dans les catalogues ou les légendes.

Dès le début, Daniel Druet a été traité, estime-t-il, « comme un fournisseur ». Il a continué  
néanmoins d’honorer les commandes de l’artiste et du galeriste. Un jour de 2001, le riche  
mari de la top-modèle américaine Stephanie Seymour, qui a commencé une collection  
d’œuvres à la gloire de son épouse, passe commande à Cattelan. L’artiste a l’idée de plaquer  
son buste sur un écusson, tel un trophée de chasse. Druet aurait sans doute fait poser son  
modèle, une jambe en appui et l’autre fléchie, dans la position du contrapposto cher aux  
sculpteurs depuis l’Antiquité…

Les deux artistes s’envolent pour le Connecticut. « Nous sommes restés quelques jours  
dans une superbe maison, raconte Daniel Druet. Stephanie posait, charmante, je travaillais, et  
Maurizio virevoltait, sautait sur le lit ou se roulait par terre en faisant un numéro pas  
possible. C’est là que j’ai commencé à le trouver insupportable et à me dire que notre  
collaboration ne durerait pas toute la vie. » Rentré à Saint-Ouen, il s’est mis à l’ouvrage, ce  
qui lui a pris deux ans. Il assure n’avoir plus revu Maurizio Cattelan.

Souvent, assure le sculpteur Druet, les instructions étaient « très vagues ». Pour le  
Kennedy, il se souvient être allé lui-même acheter le cercueil dans une entreprise de pompes  
funèbres spécialisée dans les grands formats. « Vous m’en mettrez quatre », a-t-il dit. « Bon  
courage », a répondu l’employé, peiné. Pour le petit Hitler, Druet dit avoir reçu une  
documentation importante sur la vie du Führer, une photo de lui avec son chien et quinze  
lignes pour décrire un pénitent de 12 ans.

Il a tout de suite concentré son attention sur le regard, hésitant longtemps avant de choisir  
dans sa collection de 2 500 paires d’yeux de verre, achetées à un oculariste du XIX e siècle.  
« C’est moi qui ai trouvé le tissu et les bottines, rue de Seine, à Paris, assure-t-il. J’en ai  
acheté quatre paires, pour les quatre exemplaires officiels. » Plus deux autres paires,  
aujourd’hui aux pieds de ses effigies de travail, qu’il garde à Saint-Ouen. L’un trône, chemise  
ouverte et moustache en bataille, au milieu d’une pièce, agenouillé sur un tapis persan.  
L’autre est coupé en deux, la tête sur une pique, comme un aristo sous la Terreur, le corps  
placé à côté.

Dans l’atelier de Druet, les œuvres de Cattelan sont éparpillées, comme frappées à leur  
tour par une météorite. Un pape en morceaux dans le coin d’une pièce, son corps nu d’un  
côté, son buste de cire de l’autre. Des mains de Kennedy sont posées sur une étagère, et le  
buste blafard de Stephanie Seymour attend des finitions dans un couloir, accroché sur un  
écusson de chasse. La justice dira qui en est l’auteur.

Au sous-sol de l’atelier sont rangées les moules de ses œuvres depuis 1965\. Dont celles  
commandées par Maurizio Cattelan. « J’ai tout gardé, explique-t-il. Si je gagne mon procès,  
rien ne m’interdira d’en faire autant que je veux. » Une affirmation de nature à faire frémir  
les collectionneurs, qui n’hésitent pas à lâcher des millions d’euros pour s’offrir un Cattelan.

Source : [Pascale Nivelle – Le Monde](https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2022/05/01/le-sculpteur-de-maurizio-cattelan-se-rebiffe-contre-l-artiste-star%5F6124313%5F4500055.html?ref=apar.tv)