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Une cellule criminelle dans une loge, un élu tabassé dans son jardin : ce que le procès Athanor déballe à Saint-Maur-des-Fossés

La rédaction4 min de lectureSociété

L’Archive · Renseignement culturel

Une cellule criminelle dans une loge.
Et un élu tabassé dans son jardin.

AFFAIRE ATHANOR · COUR D’ASSISES DE PARIS · 2026
Une querelle de mairie en banlieue chic. Une loge maçonnique. Un ex secrétaire d’État. Une directrice de cabinet et son amant. Et, au bout de la chaîne, deux hommes cagoulés qui surgissent dans un jardin. Ce n’est pas un polar. C’est un procès, et il a lieu en ce moment.

Il faut imaginer Saint-Maur-des-Fossés, le Val-de-Marne cossu, les pavillons, les notables. Et dessous, selon ce que la cour d’assises de Paris examine aujourd’hui, une mécanique digne des barbouzes de la Cinquième. L’affaire s’appelle Athanor, du nom du four des alchimistes, celui qui transmute. Ici, ce qu’on a tenté de transmuter, c’est une rivalité électorale en opération clandestine.

Le récit que l’accusation porte devant les jurés est le suivant, et je le donne au conditionnel, parce qu’un procès n’est pas un verdict et que chacun des mis en cause conserve sa présomption d’innocence. En 2013, Henri Plagnol, ancien secrétaire d’État sous Chirac et maire de la ville, brigue un nouveau mandat. Deux concurrents le gênent, issus de sa propre famille politique : Sylvain Berrios et Jean-François Le Helloco. Sa directrice de cabinet, par ailleurs mère de son enfant, était en relation avec Frédéric Vaglio, présenté comme l’un des cerveaux d’Athanor et membre d’une loge maçonnique. C’est de là, selon l’accusation, que serait partie l’idée de faire surveiller le concurrent.

La suite, ce sont des faits plus tangibles. Un ancien agent des services aurait été chargé, en 2014, de surveiller et de photographier Sylvain Berrios, aux frais de la commune. Et en octobre 2016, Jean-François Le Helloco a été attaqué par deux hommes cagoulés dans le jardin de sa maison, et photographié le visage en sang. Ça, ce n’est pas une allégation. C’est arrivé.

Note de renseignement Regardez la distance parcourue. D’un côté, le vernis : un maire, un conseil municipal, des urnes, une démocratie locale impeccable sur le papier. De l’autre, le sous sol : une loge, un ancien des services, des cagoules, un visage en sang. Entre les deux, quelques mètres et une directrice de cabinet amoureuse. Le pouvoir municipal français n’est pas toujours l’ennui qu’on croit. Parfois c’est un thriller, et il a fallu sept ans pour que le four refroidisse.

Ce qui rend Athanor précieux, au sens du renseignement, c’est qu’il rend visible une chose qu’on préfère croire réservée aux romans : la porosité entre la respectabilité élue et la violence sous-traitée. Une loge n’est pas un complot en soi, et la très grande majorité de ses membres n’a rien à voir avec ça. Mais quand une fraternité discrète croise une ambition municipale et un carnet d’adresses d’anciens des services, la frontière entre l’influence et le crime devient, disons, négociable. C’est tout l’objet du procès.

Je ne tranche pas. Les assises trancheront. Je pose simplement la scène telle qu’elle se rejoue à Paris : une ville modèle, une loge, et un homme qu’on a roué de coups pour avoir osé se présenter. Si l’accusation dit vrai, alors la démocratie locale aura été, ici, une façade peinte sur un four encore chaud.

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