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# De la pédophilie en littérature, par Frédéric Beigbeder
- URL: https://apar.tv/de-la-pedophilie-en-litterature-par-frederic-beigbeder/
- Published: 2009-11-15T00:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T13:12:21.000Z
- Description: Chronique honteuse. Ouh là là ! Quel titre effrayant ! Que vais-je bien pouvoir dire sur ce sujet sans déclencher une avalanche de courrier "
- Author: La rédaction
- Tags: Art, #Import 2026-11-05 16:10

Depuis l’affaire Marc Dutroux (1996), la pédophilie est le sujet tabou par excellence. Tout écrivain qui s’avise d’y toucher risque d’être victime d’un lynchage immédiat. Puis-je rappeler, avant de me griller complètement, deux principes de base ? 

1) Il existe une grande différence entre le fantasme littéraire et le passage à l’acte criminel. 

2) On doit pouvoir écrire sur tous les sujets, surtout sur les choses choquantes, ignobles, atroces, sinon à quoi cela sert-il d’écrire ? Voulons-nous que les livres ne parlent que de choses légales, propres, gentilles ? 

Si l’on ne peut plus explorer ce qui nous fait peur, autant foutre en l’air la notion même de littérature. Ces deux principes étant posés, il est temps de susciter ma levée de boucliers. À mon avis, l’écriture doit explorer AUSSI ce qui nous excite et nous attire dans le Mal. Par exemple, il faut avoir le courage d’affronter l’idée qu’un enfant est sexy. La société actuelle utilise l’innocence et la pureté de l’enfance pour vendre des millions de produits. 

Nous vivons dans un monde qui exploite le désir de la beauté juvénile d’un côté pour aussitôt réprimer et dénoncer toute concupiscence adulte de l’autre.

Le roman doit-il se laisser brider par cette schizophrénie ? La chasse aux sorcières qui vient d’être ranimée par [l’affaire Polanski](https://fr.wikipedia.org/wiki/Roman%5FPolanski?ref=apar.tv#Poursuites%5Fjudiciaires), puis le [délire sur Frédéric Mitterrand](https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric%5FMitterrand?ref=apar.tv#Pol.C3.A9miques) (annoncé par l’attaque de François Bayrou sur Daniel Cohn-Bendit) oublient ce qui est en vente dans les librairies. 

Disons les choses clairement : ceux qui s’indignent avec tant de virulence doivent brûler une longue liste d’ouvrages. Messieurs et Mesdames les censeurs, dégainez vos briquets ! 

Vous avez de l’autodafé sur la planche : *Le blé en herbe* de Colette, *Si le grain ne meurt* d’André Gide, *Lolita* de Nabokov, *Il entrerait dans la légende* de Louis Skorecki, *Au secours pardon* de votre serviteur, *Rose bonbon* de Nicolas Jones-Gorlin, *Les 120 journées de Sodome* du marquis de Sade, *Ivre du vin perdu* de Gabriel Matzneff, *Les amitiés particulières* de Roger Peyrefitte, *La ville dont le prince est un enfant* d’Henry de Montherlant, *Il m’aimait* de Christophe Tison, *Le roi des Aulnes* de Michel Tournier, *Pour mon plaisir et ma délectation charnelle* de Pierre Combescot, *Journal d’un innocent* de Tony Duvert, *Mineure* de Yann Queffélec, *Les chants de Maldoror* de Lautréamont, *Microfictions* de Régis Jauffret, *Moins que zéro* de Bret Easton Ellis, *Mémoire de mes putains tristes* de Gabriel Garcia Marquez, *Enfantines* de Valéry Larbaud, *Histoire de ma vie* de Casanova ou même, quoique en version platonique, *Mort à Venise* de Thomas Mann doivent rapidement être incendiés ! Ma liste n’est pas exhaustive. 

Je remercie les maccarthystes français anti-pédophilie de m’aider à compléter cette liste d’autodafés en envoyant leurs lettres de délation au magazine car je suis sûr que j’en oublie et j’ai hâte de les lire... pour mieux être révolté, bien sûr, et avoir un regard désapprobateur sur ces oeuvres ! 

C’est donc le sourcil froncé que j’aimerais terminer sur une citation, insupportablement comique, tirée du *Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation* (1926) de Pierre Louys : *« À partir de l’âge de huit ans, il n’est pas convenable qu’une petite fille soit encore pucelle, même si elle suce la pine depuis plusieurs années. »* Ah ! zut zut, nous voilà bien. Que faire de ce numéro de *Lire* avec cette phrase dedans ? Doit-on aussi le brûler à présent ?